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Louise Nachet : Université Laval
Ces dernières années, nous avons vu la logique extractiviste s'accroître sous couvert de la soi-disant « transition verte », souvent réduite à une simple dé-fossilisation du capitalisme. Le « Cercle de Feu », un énorme projet minier en Ontario qui suscite beaucoup d’enthousiasme et de controverse au Canada depuis plus de 16 ans, pourrait être un excellent exemple des nombreuses contradictions et des défis liés à ce nouveau contexte politique. Pour ses partisans, c'est l'occasion de faire de l'Ontario le centre d'une nouvelle industrie verte mondiale, ainsi que de relancer l’économie de la province après la pandémie de Covid-19. Pour ses opposants, principalement des communautés autochtones et des groupes environnementaux, le projet nie la souveraineté autochtone sur les « Breathing Lands » (« Yehewin Aski » en langue crie) et menace l'un des plus grands écosystèmes de tourbières et puits de carbone du monde. En examinant de plus près le « Cercle de Feu » à travers une étude de cas longitudinale et d’une analyse des discours des différents acteurs ; cette présentation soulignera les éléments changeants et persistants des récits et des contre-récits sur le renouveau extractiviste. Elle permettra également de démontrer comment la résistance autochtone, bien qu'elle soit forcée d'être essentiellement défensive et réactive, continue de constituer un moyen puissant d'enrayer le système colonial et capitaliste.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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