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Charles Blattberg : Université de Montréal
Cet article soutient que la conception arendtienne de la politique, en particulier de l’action et du jugement, est esthétique et que, pour cette raison, elle ne prend pas la politique suffisamment au sérieux. Je commence par offrir un compte rendu de l’esthétisme en tant que doctrine métaphysique selon laquelle les choses apparemment non esthétiques sont en fait esthétiques, des parties de toute une dimension « désintéressée » de la réalité que nous pourrions simplement appeler « l’esthétique ». (Évidemment, je pense que ce terme devrait avoir un sens beaucoup plus large que ce que l’on suppose habituellement). Je montre ensuite comment la politique d’Arendt peut être comprise comme une forme unique du républicanisme classique, unique parce qu’elle n’est ni moniste ni pluraliste, mais paradoxalement « pluramoniste ». Ensuite, je présente un compte rendu détaillé de la manière dont ses conceptions de l’action et du jugement sont esthétiques. L’article se conclut en soutenant que tout ceci est motivé par sa réponse évasive à la réalité du mal dans le monde.
Pour Hannah Arendt, la politique repose sur le fait de la pluralité humaine, sur l’existence commune d’« êtres différents » qui, ensemble, contribuent à la perpétuation d’un monde partagé. La définition arendtienne de la politique repose en partie sur l’articulation renouvelée et l’équilibre précaire entre le surgissement de la singularité, d’une part, et le maintien du commun, d’autre part. Pour creuser cette tension, entre l’agôn et le polis, le colloque propose d’aborder les notions de conflit et de responsabilité pour le monde dans la pensée arendtienne.
En effet, la politique étant un espace de différence, elle implique aussi l’expression de celle-ci et peut créer du conflit. S’il est indéniable que la division du social est inhérente à une certaine vitalité démocratique, le conflit peut cependant mener à des affrontements violents dont la démesure brise les fondements de la démocratie. D’une certaine manière, le conflit est garant de la démocratie jusqu’à une certaine limite qui, si elle est franchie, le rend dangereux pour la perpétuation du régime. La mesure du conflit, compris comme ce qui lui permet de s’exprimer tout en l’encadrant, peut se retrouver en partie dans l’idée de responsabilité pour le monde évoquée par Arendt devant le contexte contemporain. C’est en ce sens que la montée de l’acosmisme l’inquiète grandement, car celui-ci « […] est toujours une forme de barbarie » (Arendt, 1974). La responsabilité pour le monde se rattache aussi au concept d’amor mundi, de « souci », de « dévouement », de prise de soin pour le monde qui motive et soutient l’exercice de la pensée et de l’agir politique, pierre d’assise de la phénoménologie arendtienne.
Les contributions porteront ainsi, sans s’y limiter, sur les axes suivants : la pensée d’Arendt dans le contexte contemporain, Arendt et la crise climatique, Arendt à l’ère des crises, pluralisme, violence et domination, fragilité démocratique, éthique arendtienne et amor mundi, en plus de conflit et action politique.