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Arendt et le problème du pouvoir

CB

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Cristobal Balbontin-Gallo : Universidad Austral de Chile

Résumé de la communication

L'objectif est de réfléchir aux différentes formes paradoxales sous lesquelles la violence s'exprime dans un état de droit qui caractérise une démocratie constitutionnelle libérale; un état de droit qui prétend se définir par la résolution non violente des conflits et par le monopole exclusif de la force (Weber). Un État qui, en vertu de ce principe de l'État de droit, est soumis à un principe de légalité, d'équilibre des pouvoirs, de répartition organique des fonctions, de contrôle et de division des pouvoirs dans l'exercice du pouvoir, afin d'éviter toute forme d'arbitraire ou d'abus dans son utilisation. Cependant, ce n'est pas seulement l'évidence empirique qui nous permet de contester cette prémisse normative: au niveau théorique, différents penseurs (Foucault, Butler, Agamben) ont affirmé comment le pouvoir et la violence circulent dans des formes diffuses ou exceptionnelles qui, loin d'être contenues dans le principe de la souveraineté de l'État aussi bien que par l'État de droit constitutionnel, se servent de cette illusion normative précisément pour que le pouvoir soit exercé de manière abusive. Cette prémisse divise et confronte deux penseurs qui ont profondément réfléchi à la relation entre la violence et le pouvoir: Benjamin et Arendt. Le but de la communication est d'approfondir cette opposition pour tenter une critique de la conception de la violence chez Arendt afin de mettre en évidence certaines insuffisances à la base de sa théorie du pouvoir.

Résumé du colloque

Pour Hannah Arendt, la politique repose sur le fait de la pluralité humaine, sur l’existence commune d’« êtres différents » qui, ensemble, contribuent à la perpétuation d’un monde partagé. La définition arendtienne de la politique repose en partie sur l’articulation renouvelée et l’équilibre précaire entre le surgissement de la singularité, d’une part, et le maintien du commun, d’autre part. Pour creuser cette tension, entre l’agôn et le polis, le colloque propose d’aborder les notions de conflit et de responsabilité pour le monde dans la pensée arendtienne.

En effet, la politique étant un espace de différence, elle implique aussi l’expression de celle-ci et peut créer du conflit. S’il est indéniable que la division du social est inhérente à une certaine vitalité démocratique, le conflit peut cependant mener à des affrontements violents dont la démesure brise les fondements de la démocratie. D’une certaine manière, le conflit est garant de la démocratie jusqu’à une certaine limite qui, si elle est franchie, le rend dangereux pour la perpétuation du régime. La mesure du conflit, compris comme ce qui lui permet de s’exprimer tout en l’encadrant, peut se retrouver en partie dans l’idée de responsabilité pour le monde évoquée par Arendt devant le contexte contemporain. C’est en ce sens que la montée de l’acosmisme l’inquiète grandement, car celui-ci « […] est toujours une forme de barbarie » (Arendt, 1974). La responsabilité pour le monde se rattache aussi au concept d’amor mundi, de « souci », de « dévouement », de prise de soin pour le monde qui motive et soutient l’exercice de la pensée et de l’agir politique, pierre d’assise de la phénoménologie arendtienne.

Les contributions porteront ainsi, sans s’y limiter, sur les axes suivants : la pensée d’Arendt dans le contexte contemporain, Arendt et la crise climatique, Arendt à l’ère des crises, pluralisme, violence et domination, fragilité démocratique, éthique arendtienne et amor mundi, en plus de conflit et action politique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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