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Pierre Barrette : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans Anatomie de la critique, Frye suggère que « ce ne sont pas des critères moraux qui nous permettent de classer les oeuvres d’imagination en diverses catégories, mais bien, comparées à nos possibilités, les aptitudes du héros, qui peuvent être supérieures ou égales aux nôtres (p.47) ». Ceci l'amène à considérer cinq modes fictionnels distincts (le mythique, le romanesque, le mimétique élevé, le mimétique bas et l’ironique) sur la base des pouvoirs accordés au héros. L’univers des super-héros tel qu’il se déploie dans les comics se trouve ainsi à mettre à l’avant-plan, d’une manière plus nette qu’en tout autre genre, des personnages relevant du registre mythique ou quasi-mythique. Or, alors que le cinéma est fidèle au caractère mythique des super-héros, la télévision tend à proposer des héros plus humains qui se définissent aussi par la complexité des rapports sociaux qui s’expriment à travers le récit de leurs actions. Nous ferons l’hypothèse que cet état de chose est dû à la nature même de la série télé, dont le pouvoir auprès du public est de « densifier l’univers auquel il est associé, à le nourrir de personnages, de relations et de liens entre ceux-ci, d’aventures de tous ordres (Esquenazi, p.18) ». Un regard sur la série télé Smallville (2001-2011) et sur Man of Steel (2013), qui proposent tous les deux une relecture contemporaine du « récit de l’origine » de Superman nous permettra de mener cette analyse.
L’univers des superhéros prend désormais une place considérable dans l’univers culturel et social des Québécois. Qu’il soit adapté à l’écran ou qu’il se révèle sur papier, au moyen des créations cinématographiques à grand déploiement, des séries télévisées, des bandes dessinées, des romans, etc., il semble appartenir désormais à l’imaginaire culturel québécois. Si les productions issues de cet univers s’avèrent majoritairement américaines, les superhéros et le monde dans lequel ils s’articulent demeurent nonobstant significatifs dans l’univers social québécois. Dès lors, il s’avère important de questionner dans quelle mesure l’analyse du cosmos superhéroïque peut être fructueuse pour consolider et développer les savoirs dans les sciences sociales. Dans quelle mesure est-il pertinent de s’appuyer sur un univers issu des comics et est-ce que cela peut effectivement permettre de porter un regard nouveau et pénétrant pour l’étude de la représentation des rapports sociaux ? Un colloque permettant de libérer un espace de recherche et de découverte centré sur l’univers des superhéros pourrait dès lors permettre de répondre à cette question, ainsi qu’à plusieurs autres. Dans quelle mesure l’univers des superhéros, mais également celui des supervilains, est-il un objet social en soi, et dans quelle mesure cet univers est-il un outil d’analyse pertinent, et peut-être même un outil d’enseignement dans un cadre pédagogique en sciences humaines et sociales ? Est-il plausible que le monde politique et social dépeint dans l’univers des superhéros puisse mettre au jour, dans le monde qui nous est contemporain, certaines subtilités dans la manière dont sont configurées nos relations sociales, et plus largement certains des rapports sociaux animant notre société ? Dans un esprit dialogique, dans quelle mesure la reconfiguration des rapports sociaux dans le monde réel est-elle à même de transformer les produits de l’univers des superhéros ?
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