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Chute marquée des concentrations d’oxygène dissous dans les eaux profondes de l’estuaire maritime du Saint-Laurent entre 2019 et 2022

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Mathilde Jutras : Université McGill

Résumé de la communication

La baisse des concentrations d’oxygène dissous dans les eaux profondes de l’estuaire maritime du Saint-Laurent est un problème connu depuis plusieurs décennies. Alors que la concentration minimum d’oxygène dans l’estuaire s’était stabilisée entre 50 et 60 µmol/kg entre le début des années 2000 et 2019, plusieurs équipes ont mesuré en 2020 et 2021 des concentrations autour de 35 µmol/kg, représentant une chute marquée et soudaine. Cette chute s’explique par la poursuite d’une tendance observée depuis déjà quelques décennies, soit une baisse de la contribution en eaux froides et riches en oxygène du Courant du Labrador aux eaux profondes du chenal Laurentien, au profit d’eaux chaudes et pauvres en oxygène du Gulf Stream. En 2020, cette contribution était même nulle au détroit de Cabot, ce qui signifie que les concentrations minimales en oxygène dissous à la tête de l’estuaire maritime vont continuer de chuter dans les trois à quatre prochaines années, le temps que ces eaux transitent jusqu’à Tadoussac.

Cette baisse marquée s’accompagne de l’apparition d’hypoxie sévère dans des zones précédemment non touchées, comme la tête du chenal Esquiman et du chenal d’Anticosti. L’aire de la zone hypoxique dans l’estuaire maritime est elle-même sept fois plus importante en 2021 qu’elle ne l’était en 1993, ce qui impose un stress important sur les écosystèmes.

Résumé du colloque

Partout dans le monde, les écosystèmes aquatiques continentaux (rivières, lacs, fleuves) s’enrichissent en matière organique et en nutriments en réponse à des changements sur le plan du climat, de l’utilisation du territoire ou de la gestion de l’eau. À l’autre bout du continuum terrestre-aquatique, d’importantes superficies d’eaux faiblement oxygénées (hypoxiques) et acidifiées sont détectées dans les fonds estuariens. Dans tous ces écosystèmes, ces tendances sont associées à un ou à plusieurs des symptômes : proliférations d’algues toxiques ou nuisibles, réduction des rendements de pêche et dégradation générale de la santé des écosystèmes aquatiques et des services (par exemple irrigation, potabilité, loisirs) qu’ils procurent. Les bassins versants et les eaux du Saint-Laurent ne font pas exception. Dans le Saint-Laurent comme ailleurs, ces enjeux sont liés, mais demeurent mal compris, car ils sont souvent étudiés en vase clos et se concentrent sur des compartiments particuliers d’un écosystème immense drainant un territoire de plus d’un million de kilomètres carrés. Il est donc urgent de mieux comprendre les sources de nutriments et de matières organiques, leur rétention et leur transformation ainsi que leurs impacts sur les processus biologiques, chimiques et physiques dans les différentes portions du fleuve, y compris son bassin versant, d’une façon intégrée.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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