Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Jean-Guy Mboudjeke : University of Windsor
Au Canada comme au Cameroun, le français et l’anglais, langues officielles, sont en contact. Au Cameroun, les deux langues officielles sont aussi en contact avec plus de 260 langues locales. Ces croisements entre les langues donnent naissance à certains types particuliers de phrasèmes attribuables non pas à une « activité métamorphique » interne de chaque langue, mais plutôt à des opérations interlinguistiques. C’est ainsi que dans les deux langues officielles camerounaises, on recense de nombreux phrasèmes traduits littéralement des langues locales comme laver la veuve / wash the widow. L’anglais camerounais foisonne aussi de phrasèmes littéralement traduits du français comme procurer of the republic [procureur de la république]. Dans le français canadien, on relève des phrasèmes traduits de l’anglais tels être une patate chaude [to be a hot potato]. Les acquis théoriques de la phraséologie contemporaine sont-ils applicables à ces types particuliers de phrasèmes? Par exemple, sont-ils idiomatiques, c’est-à-dire propres aux langues dans lesquelles ils sont utilisés? Ont-ils le même degré d’opacité pour les locuteurs francophones et anglophones? L’analyse des données, qui seront tirées des glossaires, des dictionnaires, des documents administratifs, de la presse écrite et des textes littéraires, permettra de montrer que dans l’étude des phrasèmes, il convient d’accorder une attention particulière à ceux qui sont issus des contacts entre les langues.
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).
Titre du colloque :