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David Lévesque : Pêches et Océans Canada
Les eaux hypoxiques et profondes de l’estuaire du Saint-Laurent sont alimentées par des apports de matière organique particulaire (POM), provenant du bassin versant et de la production autochtone, par la pompe biologique. Ce processus lie l’eutrophisation des eaux de surface à l’hypoxie des eaux profondes. Dans ce contexte, nous avons 1) réalisé un bilan de la matière organique pour l’estuaire en mai, août et octobre (2016-17), 2) étudié les propriétés intrinsèques du POM le long de son parcours entre la surface et le fond et 3) exploré le lien entre la dégradation du POM et les concentrations en oxygène. Pour l’estuaire moyen, entre 64 et 90% du POM était soit retenus, soit transformés avant l’estuaire maritime. Pour ce dernier, la production de POM était de 29 à 41 fois les apports combinés des tributaires et du Golfe en août tandis qu’elle variait entre 2 et 10 fois pour les mois de mai et d’octobre. La chlorophylle et la profondeur expliquaient à 80-90% (R2adj.) les concentrations de POM. Le carbone organique contribuait potentiellement à 95% de l’utilisation apparente de l’oxygène entre la surface et le fond de l’estuaire maritime, dont près de 90% dans les premiers 150 m. Nos résultats soulignent l'importance de considérer explicitement la matière organique dans les programmes de surveillance de l'eutrophisation de l'estuaire du Saint-Laurent, car sa minéralisation est impliquée dans les processus de désoxygénation des eaux profondes.
Partout dans le monde, les écosystèmes aquatiques continentaux (rivières, lacs, fleuves) s’enrichissent en matière organique et en nutriments en réponse à des changements sur le plan du climat, de l’utilisation du territoire ou de la gestion de l’eau. À l’autre bout du continuum terrestre-aquatique, d’importantes superficies d’eaux faiblement oxygénées (hypoxiques) et acidifiées sont détectées dans les fonds estuariens. Dans tous ces écosystèmes, ces tendances sont associées à un ou à plusieurs des symptômes : proliférations d’algues toxiques ou nuisibles, réduction des rendements de pêche et dégradation générale de la santé des écosystèmes aquatiques et des services (par exemple irrigation, potabilité, loisirs) qu’ils procurent. Les bassins versants et les eaux du Saint-Laurent ne font pas exception. Dans le Saint-Laurent comme ailleurs, ces enjeux sont liés, mais demeurent mal compris, car ils sont souvent étudiés en vase clos et se concentrent sur des compartiments particuliers d’un écosystème immense drainant un territoire de plus d’un million de kilomètres carrés. Il est donc urgent de mieux comprendre les sources de nutriments et de matières organiques, leur rétention et leur transformation ainsi que leurs impacts sur les processus biologiques, chimiques et physiques dans les différentes portions du fleuve, y compris son bassin versant, d’une façon intégrée.
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