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Joseph Arcelin Carmil : Université de Bordeaux
Alors que la France se réclame d’une idée de nation indivisible, héritière de la révolution de 1789, allant jusqu’à restreindre l’usage des statistiques ethniques pouvant permettre de mesurer les discriminations raciales subies par les immigrés postcoloniaux et leurs descendants installés dans l’Hexagone au cours de la deuxième moitié du XXe siècle (Ndiaye, 2008), ces immigrés peinent à être reconnus et traités en tant que citoyens à part entière aujourd’hui encore (Dewitte, 2002). Cette contribution entend mettre à nu le décalage entre l’imaginaire de la nation civique indivisible à la française traversant les discours politiques et les réalités vécues par les descendants d’immigrés non européens, à travers le cas de la diaspora haïtienne d’Île-de-France. L’enquête, qui se porte sur une quarantaine d’histoires de vie, montre une incapacité des politiques françaises dites « d’intégration républicaine » à résorber les discriminations raciales à l’encontre des descendants d’immigrés postcoloniaux dont font partie les Haïtiens. Une telle incapacité s’explique éventuellement par la distorsion républicaine à la française qui, au lieu de produire l’égalité pourtant juridiquement reconnue entre tous les citoyens, conduit à l’« aveuglement racial » (colour blindness) confortant le discours de l’extrême droite française niant l’existence même des discriminations raciales en France.
Ce colloque aborde les politiques d’immigration du Québec dans une perspective comparée par l’angle du décalage. Nous observons en effet des décalages importants dans ce domaine entre discours politiques et médiatiques sur l’immigration, et les réalités matérielles du terrain, et ce, en ce qui touche autant l’orientation des politiques, la mise en œuvre des systèmes, les besoins et trajectoires des immigrants, que les perceptions locales et agrégées.
Ce colloque fera dialoguer des analyses empiriques qui porteront sur les différentes facettes de ce décalage au Québec dans une perspective comparée. Il traitera du rôle des citoyens, des mouvements sociaux, des partis politiques, des médias, des fonctionnaires dans le décalage entre discours politique de l’immigration et réalités de terrain. Nous mettrons ainsi en évidence des similarités et différences dans la façon dont ce décalage est conçu et se constitue au Québec et ailleurs. Il présentera comment les acteurs communautaires vivent ce décalage et explorera son incidence sur les immigrants eux-mêmes. Le colloque permettra aussi de réfléchir aux conséquences à long terme de ce décalage en plus de discuter d’intervention permettant de mieux aligner ces réalités, et ce, au Québec et ailleurs.
Titre du colloque :