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Égalité et élitisme dans la pensée politique d’Arendt

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Marianne Di Croce : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Chez Arendt, l’égalité est un élément fondamental de la relation politique entre les humains et donc de la liberté et du pouvoir qui s’exercent par l’action en commun dans l’espace public. Mais dans le politique arendtien, l’égalité cohabite avec une certaine verticalité : on pense par exemple à l’idée de distinction face à ses pairs (Condition de l’homme moderne) ou à celle d’élite auto-sélectionnée (On Revolution). Le politique arendtien paraît donc conjuguer l’égalité avec une certaine forme d'élitisme qui soulève des questions quant à la conception du politique défendue par la philosophe.

Plusieurs y ont d’ailleurs vu un élitisme ou un anti-démocratisme qui serait en tension avec sa défense de l’action en commun, qui présuppose d’agir entre égaux. Plusieurs critiquent par exemple sa distinction entre le social et le politique en disant qu’elle mène à une exclusion politique pour certaines personnes dont les conditions d’accès à l’espace public ne seraient pas garanties, puisque les questions sociales (pauvreté, discriminations, etc.) ne sont pas considérées comme un enjeu dont le politique doit s'occuper.

Cette conférence vise donc à mieux comprendre la relation entre égalité et élitisme chez Arendt, ainsi qu’à en montrer les limites et l’intérêt pour penser l’action politique dans une perspective démocratique authentique.

Résumé du colloque

Pour Hannah Arendt, la politique repose sur le fait de la pluralité humaine, sur l’existence commune d’« êtres différents » qui, ensemble, contribuent à la perpétuation d’un monde partagé. La définition arendtienne de la politique repose en partie sur l’articulation renouvelée et l’équilibre précaire entre le surgissement de la singularité, d’une part, et le maintien du commun, d’autre part. Pour creuser cette tension, entre l’agôn et le polis, le colloque propose d’aborder les notions de conflit et de responsabilité pour le monde dans la pensée arendtienne.

En effet, la politique étant un espace de différence, elle implique aussi l’expression de celle-ci et peut créer du conflit. S’il est indéniable que la division du social est inhérente à une certaine vitalité démocratique, le conflit peut cependant mener à des affrontements violents dont la démesure brise les fondements de la démocratie. D’une certaine manière, le conflit est garant de la démocratie jusqu’à une certaine limite qui, si elle est franchie, le rend dangereux pour la perpétuation du régime. La mesure du conflit, compris comme ce qui lui permet de s’exprimer tout en l’encadrant, peut se retrouver en partie dans l’idée de responsabilité pour le monde évoquée par Arendt devant le contexte contemporain. C’est en ce sens que la montée de l’acosmisme l’inquiète grandement, car celui-ci « […] est toujours une forme de barbarie » (Arendt, 1974). La responsabilité pour le monde se rattache aussi au concept d’amor mundi, de « souci », de « dévouement », de prise de soin pour le monde qui motive et soutient l’exercice de la pensée et de l’agir politique, pierre d’assise de la phénoménologie arendtienne.

Les contributions porteront ainsi, sans s’y limiter, sur les axes suivants : la pensée d’Arendt dans le contexte contemporain, Arendt et la crise climatique, Arendt à l’ère des crises, pluralisme, violence et domination, fragilité démocratique, éthique arendtienne et amor mundi, en plus de conflit et action politique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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