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Patrick Mundler : Université Laval
L’agroécologie donne lieu à des interprétations variées. Entre projet radical de transformation ou adaptation plus inclusive des pratiques, elle semble pouvoir emprunter des chemins variés allant d’une désartificialisation des processus de production qui mise sur un usage intensif des processus naturels, à une technologisation croissante misant sur le génie génétique, l’agriculture cellulaire, les nanotechnologies, la robotisation et la numérisation des processus de production. La transition agroécologique peut alors être vue soit comme un processus un peu linéaire qui, par cumul de petites transformations, aboutit à une reconception des systèmes, soit comme un changement profond de paradigme.
Au Québec, la transition agroécologique se trouve en partie verrouillée par le fait qu’elle est en tension entre deux logiques : celle, inclusive, de s’appuyer sur les pratiques actuelles et les représentations du progrès qui les fondent au risque de rendre les principes malléables et porteurs de changements trop mineurs pour répondre aux défis de notre système alimentaire; et celle de proposer des transformations plus radicales, susceptibles de mieux répondre aux enjeux, mais imposant un rythme et des évolutions de pratique trop fortes pour être adoptées par le plus grand nombre. Nous examinerons dans ces conditions quels seraient les leviers susceptibles d’accélérer la transition agroécologique de l’agriculture québécoise.
Au moment où notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète nous presse de réduire notre empreinte écologique, énergétique, agroalimentaire et hydrique, l’actuel modèle de développement sociotechnique, marqué par une concentration inégalée des industries, un abyssal élargissement des écarts et une menaçante dilapidation des ressources, vit une crise profonde. Ainsi, même les systèmes agro-industriels, censés nourrir le monde, contribuent paradoxalement, par leur intensification, à 30 % des émissions de gaz à effet de serre et à l’effondrement de la biodiversité. Sur le plan énergétique, les choix de filières et leur intégration dans des plans globaux, limitant l’accélération des dérèglements climatiques, souffre de sérieux problèmes de retards et de cohérence dont pâtissent tous les secteurs d’activité, notamment les transports et l’habitat. Piégés, nous flirtons ainsi d’un côté avec les menaçantes limites planétaires et leurs périlleux points de bascule, et nous sommes happés, de l’autre, par des conflits armés aux redoutables flambées de coûts énergétiques et alimentaires, voire de pénuries. Comment alors pourrions-nous ignorer d’examiner ensemble les enjeux, les stratégies et les horizons de transitions énergétiques et agroalimentaires ? D’une ampleur inégalée, ces changements structurels toucheront l’ensemble des sociétés et de leur fonctionnement, nécessitant d’importants recadrages des paradigmes à l’œuvre et de solides mesures d’adaptation. Or, la gamme des objectifs et des voies divergentes proposées (frugalité volontaire et modes de vie alternatifs, recours technologiques accrus), voire parfois imposées (politiques incitatives ou « punitives » de réduction de la consommation), mérite d’être examinée, en ce qui touche la sécurité alimentaire et énergétique, les conditions de vie et de santé viables et de vitalité des écosystèmes, des milieux urbains et ruraux, tout en étant contextualisée dans une perspective d’espoir et de bien commun.
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