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Lucie Violland : UQAM - Université du Québec à Montréal
Face aux enjeux de la crise écologique, l’agriculture numérique est défendue par ses tenant.es comme une solution à certains effets négatifs du modèle agricole actuel. À la croisée de la robotique, du numérique et de la génomique, l’agriculture numérique repose sur la récolte et le traitement de masses gigantesques de données, les Big Data. Sujet d’investissements colossaux aussi bien publics que privés, l’agriculture numérique pose de nombreuses questions. L’arrivée sur le marché des entreprises du numérique, à savoir les GAFAM, l’approfondissement des dynamiques de concentration économique dans le secteur, l’empreinte environnementale des technologies, ou encore la consolidation de la dépendance des agriculteur.ices à l’industrie, interrogent sur les capacités de cette forme d’agriculture à répondre aux transformations nécessaires à la soutenabilité. Malgré une littérature abondante en critical data studies, l’agriculture reste un secteur peu étudié en sciences sociales relativement à la numérisation. Cette communication est alors l’occasion de présenter un travail de revue de littérature engagé sur ce sujet. Où en est la recherche en sciences sociales sur l’agriculture numérique ? Comment les sciences sociales traitent-elles de l’agriculture numérique ? Quels sont les sujets abordés, et quels sont les angles morts ?
Au moment où notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète nous presse de réduire notre empreinte écologique, énergétique, agroalimentaire et hydrique, l’actuel modèle de développement sociotechnique, marqué par une concentration inégalée des industries, un abyssal élargissement des écarts et une menaçante dilapidation des ressources, vit une crise profonde. Ainsi, même les systèmes agro-industriels, censés nourrir le monde, contribuent paradoxalement, par leur intensification, à 30 % des émissions de gaz à effet de serre et à l’effondrement de la biodiversité. Sur le plan énergétique, les choix de filières et leur intégration dans des plans globaux, limitant l’accélération des dérèglements climatiques, souffre de sérieux problèmes de retards et de cohérence dont pâtissent tous les secteurs d’activité, notamment les transports et l’habitat. Piégés, nous flirtons ainsi d’un côté avec les menaçantes limites planétaires et leurs périlleux points de bascule, et nous sommes happés, de l’autre, par des conflits armés aux redoutables flambées de coûts énergétiques et alimentaires, voire de pénuries. Comment alors pourrions-nous ignorer d’examiner ensemble les enjeux, les stratégies et les horizons de transitions énergétiques et agroalimentaires ? D’une ampleur inégalée, ces changements structurels toucheront l’ensemble des sociétés et de leur fonctionnement, nécessitant d’importants recadrages des paradigmes à l’œuvre et de solides mesures d’adaptation. Or, la gamme des objectifs et des voies divergentes proposées (frugalité volontaire et modes de vie alternatifs, recours technologiques accrus), voire parfois imposées (politiques incitatives ou « punitives » de réduction de la consommation), mérite d’être examinée, en ce qui touche la sécurité alimentaire et énergétique, les conditions de vie et de santé viables et de vitalité des écosystèmes, des milieux urbains et ruraux, tout en étant contextualisée dans une perspective d’espoir et de bien commun.
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