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Martin Ruzicka (růžička) : Université d'économie de Bratislava
L’exposé va résumer la méthode et les résultats de notre recherche qui a pour sujet la variation lexicale au sein de la francophonie du Nord (Belgique, France, Québec, Suisse). Nous analysons les expressions substandards choisies du projet BFQS de Lamiroy et al. Ce projet regroupe les expressions figées des territoires mentionnés ci-dessus. Dans la description des expressions au sein du projet prédomine l’aspect syntaxique dont l’analyse des composants des expressions. Nous extrayons de ce projet plusieurs expressions et nous effectuons ensuite notre propre analyse du point de vue lexicographique et sociolinguistique en ce qui concerne les fonctions de l’usage familier. En d’autres mots, nos résultats consistent, d’un côté, à faire la synthèse des données des ouvrages lexicographiques consultés tandis que d’un autre côté, nous nous servons des informations de notre questionnaire électronique distribué en ligne auprès de divers publics francophones provenant desdits territoires. Notre recherche répond aux questions telles que la répartition géographique, l’usage actif, la connaissance passive, la vitalité et le traitement lexicographique des expressions choisies, ainsi que leur remplacement par des expressions alternatives proposées par les participants de notre enquête.
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).