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Chaeyoung Lee : Université Grenoble Alpes
La préfabrication langagière joue un rôle important dans la caractérisation d’un genre discursif (Sitri & Tutin, 2016). Au croisement de la phraséologie et des analyses du discours scientifique, certains types de séquences préfabriquées – lexical bundles, marqueurs discursifs, collocations, ou routines sémantico-rhétoriques – sont davantage étudiés tant pour leur description et analyse linguistiques que pour leur application à visée didactique. La plupart des recherches sur le sujet sont concentrées sur les registres écrits, tels que les articles de revue, les mémoires de Master ou les thèses de Doctorat. Pourtant, les savoirs scientifiques acquis par les activités de recherche se transmettent et se partagent aussi dynamiquement à l’oral (Jacques, 2017). Dans le cadre de notre thèse, nous nous intéressons à l’étude des expressions « prêtes à utiliser » dans le discours scientifique oral en français. Pour cette communication, nous présenterons particulièrement une nouvelle conception phraséologique permettant d’englober différents types de phraséologismes de nature hétérogène – les formules discursives – ainsi qu’une typologie des formules à fonction de prise en compte de l’allocutaire à l’oral scientifique. Pour cela, nous avons élaboré et exploité le corpus de communications scientifiques orales dans trois disciplines des SHS : la linguistique, la didactique des langues et les sciences de l’information et de la communication (Lee, 2022).
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).
Titre du colloque :