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Aurore Mréjen : Université Paris Nanterre
La crise actuelle de l’éducation s’avère d’autant plus problématique que l’éducation est une activité fondamentale de la société humaine, laquelle se renouvelle sans cesse par la naissance de nouveaux êtres humains. L’éducateur est confronté à une double particularité: l’enfant est nouveau dans un monde qui lui est étranger et il est en devenir; c’est un être humain qui est en train de devenir un être humain. Cette dimension de nouveauté est fondamentale en raison du lien consubstantiel entre natalité et liberté chez Arendt. C’est parce que le nouveau venu possède la faculté d’entreprendre du neuf que le commencement inhérent à la naissance peut se faire sentir dans le monde. Alors que l’éducation ne peut se passer de l’autorité et de la tradition, la question se pose de savoir comment introduire les enfants dans un monde qui n’est plus structuré par l’autorité ni retenu par la tradition. Quant à la préservation de la nouveauté indispensable au renouvellement du monde commun, elle soulève le problème de la responsabilité des adultes qui assument la responsabilité de la vie et du développement des enfants, mais aussi celle de la continuité du monde, deux responsabilités qui ne coïncident pas et peuvent entrer en conflit. Cette communication explorera ces deux aspects de la crise, avant d’examiner l’insistance d’Arendt sur la protection de l’enfant du politique, en particulier dans ses «Réflexions sur Little Rock».
Pour Hannah Arendt, la politique repose sur le fait de la pluralité humaine, sur l’existence commune d’« êtres différents » qui, ensemble, contribuent à la perpétuation d’un monde partagé. La définition arendtienne de la politique repose en partie sur l’articulation renouvelée et l’équilibre précaire entre le surgissement de la singularité, d’une part, et le maintien du commun, d’autre part. Pour creuser cette tension, entre l’agôn et le polis, le colloque propose d’aborder les notions de conflit et de responsabilité pour le monde dans la pensée arendtienne.
En effet, la politique étant un espace de différence, elle implique aussi l’expression de celle-ci et peut créer du conflit. S’il est indéniable que la division du social est inhérente à une certaine vitalité démocratique, le conflit peut cependant mener à des affrontements violents dont la démesure brise les fondements de la démocratie. D’une certaine manière, le conflit est garant de la démocratie jusqu’à une certaine limite qui, si elle est franchie, le rend dangereux pour la perpétuation du régime. La mesure du conflit, compris comme ce qui lui permet de s’exprimer tout en l’encadrant, peut se retrouver en partie dans l’idée de responsabilité pour le monde évoquée par Arendt devant le contexte contemporain. C’est en ce sens que la montée de l’acosmisme l’inquiète grandement, car celui-ci « […] est toujours une forme de barbarie » (Arendt, 1974). La responsabilité pour le monde se rattache aussi au concept d’amor mundi, de « souci », de « dévouement », de prise de soin pour le monde qui motive et soutient l’exercice de la pensée et de l’agir politique, pierre d’assise de la phénoménologie arendtienne.
Les contributions porteront ainsi, sans s’y limiter, sur les axes suivants : la pensée d’Arendt dans le contexte contemporain, Arendt et la crise climatique, Arendt à l’ère des crises, pluralisme, violence et domination, fragilité démocratique, éthique arendtienne et amor mundi, en plus de conflit et action politique.