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La folie à visage humain : Henri Maldiney et le projet d’une réhumanisation de la psychiatrie

FM

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Florian Moullard : Université Bordeaux Montaigne

Résumé de la communication

Cette communication aurait pour objet la réflexion originale que le psychiatre français Henri Maldiney a apporté à la psychiatrie humaniste entre les années 1960 et 2000. Il me semble qu’elle est capable de fournir de précieuses pistes d’« humanisation » de la psychiatrie et, plus largement, des pratiques médicales, dans la mesure où elle naît d’une réaction aux tentatives de naturalisation de ces dernières.
Or, cette situation est encore la nôtre aujourd’hui et nécessite une interrogation sur la manière dont un « savoir » positif portant sur l’humain est capable de donner lieu à un « art » médical adéquat. Non seulement le regard du psychiatre ne peut pas être naturaliste dans le cadre d’une description de la pathologie psychiatrique, mais encore il ne doit pas l’être du point de l’éthique médicale (Tatossian [1979] 2002 ; Naudin 2015).
Dans un dernier temps, je montrerai que ces réflexions anticipent et rejoignent le paradigme du care avec lequel la psychiatrie souhaite aujourd’hui renouer (Morvillers 2015) : caring en psychiatre, c’est faire oeuvre de sollicitude à l’égard du patient et retrouver les « qualités humaines » initialement exigées par la psychiatrie naissante de la fin du XVIIIème siècle et les premiers aliénistes, par exemple François Leuret pour qui la « pharmacie morale d’un médecin est dans sa tête, dans son coeur » (1840).

Résumé du colloque

Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.

Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.

Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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