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Sylvain Marois : Université Laval
La nouvelle gestion publique dans les services publics les a transformés de l'intérieur. L’université n’y a pas échappé. Cette vision néolibérale du rôle de l’État a affecté autant le financement public que la gouvernance interne (Harvey, 2014). On parlera souvent de l'importation de modes de gestion issus du secteur privé. Ceux-ci nécessitent des outils pour se déployer, comme les directions des ressources humaines (RH). L’arrivée des RH parachute un nouvel acteur stratégique au sein des relations du travail dans les universités transformant ainsi les rapports de pouvoir. En parallèle de ce déploiement, l’ensemble des travailleurs universitaires fera le choix de se syndiquer. L’université ressemble de plus en plus à une entreprise avec ses RH et ses salariés; la table est mise pour le capitalisme universitaire (Slaughter et Rhoades, 2009).
L’université capitaliste repose, notamment, sur deux axes : 1) on remplace la collaboration par la compétition, on fractionne les emplois, on contractualise dans un objectif de réduction des coûts de production; 2) pour maximiser les profits et viser une croissance infinie, on fétichise la philanthropie et le marché des cohortes internationales. Les conséquences sont nombreuses : détérioration de bons emplois, précarité, augmentation de la charge administrative, lourdeur de la reddition de compte, chronophagie, perte de sens du travail, surcharge, épuisement, marchandisation du savoir: un véritable processus d’enclosure de l’immatériel.
En 1994, dans le cadre d’un colloque intitulé La précarité dans l’enseignement, organisé par la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ), le sociologue Claude Lessard, doyen de la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, proposait de « civiliser la précarité ». Qu’en est-il trois décennies plus tard ? Au niveau universitaire, selon les participants au colloque du congrès de l’Acfas 2021, intitulé Les enseignantes et enseignants contractuels au sein des universités du 21e siècle, la précarité aurait plutôt été systématisée que civilisée tel que l’entendait Claude Lessard. C’est l’évolution et l’intégration de cette précarité, non seulement à l’université mais dans tous les milieux de l’éducation, que nous proposons ici d’explorer.
La réalité des précaires a des répercussions autant sur les modalités de l’enseignement, le sentiment d’appartenance au milieu de travail que sur la qualité de vie de ces enseignantes et enseignants précaires. On peut conséquemment se demander quels sont les effets de la précarité sur les milieux d’enseignement et la société. Comment l’évolution des institutions met en relief et définit la précarité ? Comment les précaires se perçoivent, agissent et construisent leurs solidarités ? Comment l’arrivée des technologies dans l’enseignement modifie (ou non) cette précarité et ses répercussions ?
Ce colloque cherche à mieux comprendre les enjeux de précarité dans les milieux de l’enseignement; il vise à créer un espace d’échange entre les acteurs des différents milieux ainsi qu’à examiner les conditions et manières de l’agir. Il réunira délibérément des témoins et représentantes, représentants, ainsi que des spécialistes des diverses disciplines pertinentes. Ce colloque cherche à construire des savoirs et pratiques permettant de transformer le secteur de l’éducation dans l’intérêt commun, celui de ses travailleuses, travailleurs, élèves, étudiantes et étudiants, ainsi que des communautés qui les entourent.
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