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Nicole Mazzetto : Albert-Ludwigs-Universität Freiburg
Ce travail se concentre sur la polysémie des locutions, qui est conçue en tant que conséquence du changement sémantique (Blank 2003). À travers l’analyse de plusieurs locutions polysémiques du français (France), dont le statut polysémique a été investigué à l’aide de questionnaires adressés aux locuteur.rices natif.ves, nous visons à élaborer un modèle pour décrire la polysémie des locutions.
Une première classification des locutions polysémiques (Stepanova/Černyševa 1975), qui identifie deux types de métaphorisation, a été jugée comme problématique à plusieurs niveaux : le terme métaphorisation exclut d’autres mécanismes cognitifs (Andree 2020 : 182) et les critères proposés sont souvent insuffisants pour distinguer les types de polysémie (Fleischer 1997 : 168). Le but de notre étude est donc d’élaborer une nouvelle classification pour étudier le changement sémantique et analyser la polysémie des locutions de façon systématique. Les deux types de polysémie présentés (que nous appellerons polysémie séquentielle et polysémie non-séquentielle) seront décrits sur la base de paramètres d’ordre cognitif, tels que la distance conceptuelle entre sens idiomatiques et compositionnels des locutions et l’identification de relations cognitives entre les sens idiomatiques. Ces dernières ne se limiteront pas à la métaphore et à la métonymie, mais incluront également la similarité co-taxinomique et l’inclusion taxinomique (cfr. Koch/Marzo 2007 : 269-271).
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).
Titre du colloque :