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Marie Fall : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi
La recherche engagée au service des communautés exige, à quelques occasions, de porter plusieurs casquettes : chercheure, conseillère, administratrice, gestionnaire, leader communautaire, militante, etc. Les savoirs reçus et/ou développés au cours d’une recherche engagée font appel à des attentions toutes particulières. Dans bien des cas, le pluralisme institutionnel, l’intersectionnel, l’interculturel, l’interconnaissance, l’interdisciplinarité et l’interaction deviennent des enjeux transversaux qui finissent par imposer de nouveaux paradigmes : la transversalité et la pluriversalité.
La recherche engagée représente, dans bien des cas, la réponse la plus fréquente à la volonté de réaliser des apprentissages auprès des communautés et apprendre d’elles des savoirs et des expertises à partager avec le monde entier. Il est alors plus que nécessaire de se questionner sur la manière dont les concepts sont définis et s’ils sont représentatifs de toutes les réalités des communautés. Comment contribuer à la production des normes qui reflètent les aspirations et répondent aux besoins réels des communautés ? Comment construire des savoirs dans un monde appréhendé de manière si différente d’un endroit à l’autre, d’une communauté à l’autre, d’une personne avec des perspectives si diversifiées ? Quelles méthodes de recherche privilégier pour une meilleure hybridation des savoirs issus des interactions avec les communautés ? Autant de questions pertinentes qui méritent des réponses.
Ce colloque s’inscrit dans une perspective critique, décoloniale et pluriverselle, et vise à réfléchir aux savoirs, pratiques et expertises des communautés engagées dans les programmes de développement international. Il s’agit également de mettre de l’avant des perspectives plurielles (sociologique, anthropologique, politique, culturelle, géographique, économique, philosophique) pour permettre une meilleure compréhension des enjeux et des défis liés à la prise en compte des savoirs traditionnels dans les projets de développement international.
Pour répondre aux enjeux environnementaux et climatiques actuels, les organismes nationaux, internationaux et non gouvernementaux (ONG) tentent de mettre en place (ou de renforcer) des modes de gestion et de gouvernance environnementale « plus durables », en lien avec les agendas internationaux. Toutefois, les communautés engagées dans ces programmes disposent déjà de savoirs en lien avec leurs territoires, avec les ressources qui s’y trouvent, ainsi qu’avec les façons d’entrer en relation avec ceux-ci. Aussi ce constat ne peut-il manquer d’aboutir à une réflexion critique sur les relations entre, d’une part, les programmes des bailleurs de fonds et de leurs organismes partenaires et, d’autre part, les connaissances et les expertises des communautés sur leurs propres réalités territoriales.
Sur le plan politique, de nombreuses conventions reconnaissent que les communautés autochtones et locales dépendent très étroitement de leur environnement naturel et des ressources matérielles et immatérielles qui en sont issues. Elles reconnaissent aussi que plusieurs territoires sont protégés, conservés et gérés durablement grâce aux savoir-faire que les communautés locales ont su développer. En 1993, la Convention sur la diversité biologique (CDB) a considéré les savoirs traditionnels comme un patrimoine commun de l’humanité et a proposé, avec le protocole de Nagoya qui s’en est suivi, un partage équitable des avantages découlant de la conservation et de l’utilisation durable de la diversité biologique. Dans cette optique, les savoirs traditionnels feraient référence aux « connaissances, pratiques et philosophies développées par des sociétés ayant une longue histoire d’interaction avec leur environnement naturel » (UNESCO, Savoirs locaux, objectifs globaux, 2017, p. 1).
Titre du colloque :