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Capucine Sammani : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Faire état des pratiques ritualisées dans la création contemporaine permet de mettre en lumière des pratiques adossées à des revendications féministes ainsi qu’à une prégnance de la sensibilité New Age depuis la fin des années 1960. C’est précisément cette rencontre que je souhaite appréhender au regard des pratiques de Mary Beth Edelson des années 1973 et 1977. Il s’agira de proposer une analyse conjointe des rituels privés et publics les mieux connus de l’artiste à la lumière de ses écrits ainsi que des rares traces visuelles de ses rituels, afin de démontrer leur portée politique. Tout d’abord, il s’agira de décrire et d’étudier les pratiques ritualisées de Mary Beth Edelson datant de 1973 et de 1977. Certaines découlent de rituels privés de l’artiste; d’autres sont des rituels publics et commémoratifs, dont il ne reste que de très rares photographies. Ensuite, il s’agira de comprendre l’efficacité des rituels de Mary Beth Edelson dans un contexte de rejet du patriarcat et de ses codes. Pour finir, il s’agira de montrer que les mises en forme ritualistes, l’iconographie et la symbolique que Edelson convoque visent à introduire de nouveaux signifiants s’inscrivant dans une démarche politique et émancipatrice. La réactivation, par la mise en forme rituelle d’un supposé culte ancien de la déesse, permet alors de resignifier le présent par une sensibilité holistique et féminine.
Le champ des études rituelles témoigne d’un phénomène d’invisibilisation de la femme. On reconnaît volontiers les contributions décisives d’auteurs tels que Marcel Mauss, Victor Turner, Gregory Bateson, oubliant les femmes ayant œuvré avec eux. Mauss a initié avec succès des femmes au monde de la recherche anthropologique, dont Germaine Dieterlein et Denise Paume. Edith Turner a, pour sa part, accompagné son mari, Victor Turner, dans le cadre de son enquête de terrain auprès des Ndenbus en Afrique, y retournant après son décès pour reprendre la recherche. Mary Catherine Bateson, anthropologue comme son père, risque d’être connue plus par les fameux « métalogues » avec son père que par ses propres contributions, dont notamment son regard sur la vie des femmes. Ce phénomène réclame une prise de conscience critique et une mise en valeur du rôle et des contributions des femmes pour l’émergence, la constitution et le développement des études rituelles. À titre d’exemple, aux noms de Mary Douglas et de Catherine Bell, nous souhaitons ajouter les noms d’autres femmes pionnières oubliées ayant contribué à façonner les études rituelles avec de recherches originales. Avec Susanne Langer et Judith Butler, il est possible de mettre en valeur les apports interdisciplinaires des femmes. Avec Hélène Lubienska de Lenval et Marjorie Procter-Smith, le potentiel critique du regard féminin sur les rites religieux peut être revisité. Avec Marina Abramović, enfin, l’audace de l’invention rituelle et performative peut gagner un nouvel élan. Le point focal de notre colloque est la mise en valeur de l’originalité et de l’audace des contributions féminines aux études rituelles.
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