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Françoise Lorcerie : Centre national de la recherche scientifique
Cette communication cherche à expliquer le biais ethno-genré, à l’avantage des filles, qui apparaît à l’analyse des parcours scolaires des enfants d’immigrés postcoloniaux en France. En effet, les filles issues de ces flux migratoires ont des parcours scolaires plus favorables que les filles de la population majoritaire, toutes choses égales par ailleurs (Brinbaum et al 2011, 2016), ce qui peut sembler paradoxal. La communication entend analyser ce paradoxe.
Felouzis et ses collègues (2015) ont proposé d’expliquer l’infériorité globale des résultats scolaires dans cette population par la « discrimination systémique ». Dans le cas particulier qui nous occupe, il faudra penser une discrimination systémique genrée jouant différemment selon qu’il s’agit des filles ou des garçons. S’agissant des filles, il faudra penser une discrimination positive sur fond de discrimination négative globale.
La littérature qualitative montre notamment des phénomènes d’alliance entre enseignantes majoritaires et descendantes de migrants post-coloniaux (Guénif-Souilamas 2000). A l’inverse, des travaux décrivent aussi la propension différentielle à la punition des garçons de cette population de la part des enseignantes (Ayral 2011). De quelles théories dispose-t-on pour expliquer ces tendances ? Les théories féministes de la domination sont utiles mais insuffisantes.
Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.
« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.
Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.
Nous vous proposons quatre thématiques :
Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.
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