Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Isabelle Godbout : École nationale d'administration publique
Le modèle québécois de développement adopté depuis le début des années 1980 est considéré comme une innovation sociale favorisant l’expérimentation dans les domaines du travail/emploi, des conditions de vie, et du développement des territoires. Ce modèle de concertation est caractérisé par la mobilisation des acteurs sociaux, dont le patronat, les syndicats et le secteur de l’économie sociale (SES) en tant qu’interlocuteur dans l’élaboration et la mise en place de politiques publiques (PP). Il se caractérise aussi par sa gouvernance partenariale et démocratique et par la complémentarité de l’offre de services entre les secteurs public et privé et le SES. Les contextes institutionnels et politiques peuvent toutefois remettre en cause la pertinence et l'efficacité de ce modèle.
Cette communication présente des résultats d’une étude portant sur la reconnaissance politique du SES au Québec. Dans le cadre de cette étude de cas, une revue de la littérature sur le contexte d’évolution du SES, une revue documentaire sur des documents publics et des entrevues semi-dirigées avec des acteurs clés ont été réalisés. Les résultats démontrent que la coconstruction de PP ainsi que le développement de politiques transversales ont favorisé l’implantation d’espaces de discussion ainsi que la formation d’un écosystème de collaboration et de partenariat. Toutefois, l’efficacité de ces espaces de discussion et de délibération semble varier d’un secteur d’activité à l’autre et au fil du temps.
Les défis contemporains de gouvernance qui affligent les États-nations, dont les crises sanitaire et climatique, requièrent des gouvernements qu’ils interviennent rapidement et efficacement sur leur territoire, afin d’éviter d’irrémédiables catastrophes humaines, économiques, sociales et écologiques. En plus d’interpeller l’ensemble des paliers de gouvernements et de nécessiter la participation de nombreuses parties prenantes et d’acteurs de la société civile, ces wicked problems (Bradford, 2005) surviennent alors que s’opèrent d’importantes transformations dans les politiques et les pratiques de gestion des États centraux et subnationaux.
Les conséquences attribuables aux pratiques du nouveau management public (NMP) ont amené certains gouvernements à adopter des stratégies d’adaptation ou de recalibrage de l’action publique (Levy, 2010). Si certains auteurs font état d’une véritable ère de réforme post-NMP, une récente analyse documentaire démontre que le concept serait possiblement en voie d’être institutionnalisé. Toutefois, deux conceptions du post-NMP prévalent : celle de l’État pilote de la nouvelle gouvernance publique, et celle de l’« État fort » (Reiter et Klenk, 2019). De nombreuses transformations globales et sectorielles sont donc en cours.
Cependant, la manière dont ces nouvelles politiques et pratiques de gestion favorisent la création d’innovations qui contribuent à surmonter les différentes crises contemporaines de gestion publique reste à déterminer et soulève plusieurs questions. Les innovations sociales et environnementales à travers les territoires sont-elles une réaffirmation de l’État? Au contraire, ces innovations ne témoignent-elles pas d’un évitement de l’État central? Comment l’adoption de certaines approches d’intervention innovantes ou le déploiement des nouveaux outils de gestion et de prise de décision peuvent-ils contribuer à surmonter ces défis ou, au contraire, peuvent-ils constituer une menace à la sauvegarde de l’intérêt public?
Titre du colloque :