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Benoît Coutu : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les univers de superhéros sont des œuvres fictionnelles qui, pour cette raison, apparaîssent difficilement transposables à notre monde réel. Ce caractère fictionnel n’a cependant pas empêché des auteurs de proposer une théorie de la société fondée sur l’étude de ce type de récits. S. Karcauer, T. Adorno, M. Horkheimer et U. Eco ont avancé chacun à leur façon des traductions possibles entre productions culturelles télévisuelles, cinématographiques ou bédéesques et rapports sociaux de la réalité quotidienne, et ce, à partir de l’analyse des thèmes, images et symboles, figures, stéréotypes et mythes présents dans diverses productions en ce qu’ils révèleraient des aspects de la psychologie collective des sociétés qui les ont vu naître. De cette présentation théorique initiale suivra, à l’aide d’exemples issus de séries télévisuelles associées à l’univers des superhéros, une courte description du personnage-type que sont lesdits superhéros, ainsi qu’un portrait social et moral du monde dans lesquels ils évoluent. La table sera alors mise afin de proposer des translations possibles entre leur monde fantastique et le nôtre, et ce, à l’aide des concept de « pornoculture » de V. Susca et C. Attimonelli, de « cyndinisation » de M. Lianos et M. Douglas, d’« errance normative » de M. Freitag.
L’univers des superhéros prend désormais une place considérable dans l’univers culturel et social des Québécois. Qu’il soit adapté à l’écran ou qu’il se révèle sur papier, au moyen des créations cinématographiques à grand déploiement, des séries télévisées, des bandes dessinées, des romans, etc., il semble appartenir désormais à l’imaginaire culturel québécois. Si les productions issues de cet univers s’avèrent majoritairement américaines, les superhéros et le monde dans lequel ils s’articulent demeurent nonobstant significatifs dans l’univers social québécois. Dès lors, il s’avère important de questionner dans quelle mesure l’analyse du cosmos superhéroïque peut être fructueuse pour consolider et développer les savoirs dans les sciences sociales. Dans quelle mesure est-il pertinent de s’appuyer sur un univers issu des comics et est-ce que cela peut effectivement permettre de porter un regard nouveau et pénétrant pour l’étude de la représentation des rapports sociaux ? Un colloque permettant de libérer un espace de recherche et de découverte centré sur l’univers des superhéros pourrait dès lors permettre de répondre à cette question, ainsi qu’à plusieurs autres. Dans quelle mesure l’univers des superhéros, mais également celui des supervilains, est-il un objet social en soi, et dans quelle mesure cet univers est-il un outil d’analyse pertinent, et peut-être même un outil d’enseignement dans un cadre pédagogique en sciences humaines et sociales ? Est-il plausible que le monde politique et social dépeint dans l’univers des superhéros puisse mettre au jour, dans le monde qui nous est contemporain, certaines subtilités dans la manière dont sont configurées nos relations sociales, et plus largement certains des rapports sociaux animant notre société ? Dans un esprit dialogique, dans quelle mesure la reconfiguration des rapports sociaux dans le monde réel est-elle à même de transformer les produits de l’univers des superhéros ?
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