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Antonin Marquis : Université de Sherbrooke
Dans son entrée de blogue de février 2018 intitulée « The Sublimated Grief of the Left Behind », Erin Bertram, Ph. D. en histoire et chargée de cours à l’université, exprime sa détresse alors qu’elle se voit dans l’obligation de vendre ses livres pour payer son loyer, dénonçant du même coup la situation inconfortable des précaires de l’enseignement supérieur. J’aimerais proposer ici une approche similaire, adaptée au contexte québécois et à mon expérience personnelle, sans doute similaire à celle de plusieurs chargé.es de cours.
Tout d’abord, je vais décrire les enjeux de ma situation particulière pour bien montrer comment la précarité a un impact sur mon quotidien. L’idée n’est pas de me plaindre (j’ai fait les choix conscients qui m’ont mené à cette situation), mais de donner à voir la réalité de la précarité. J’aborderai donc les aspects économiques (salaire, avantages sociaux, niveau de vie) et psychologiques (culpabilité, anxiété financière) de la situation.
Ensuite, en m’appuyant sur le livre The Slow Professor : challenging the culture of speed in the academy (Berg et al., 2016), qui prône un enseignement universitaire plus adapté aux besoins des professeurs et des étudiants, et moins à ceux du marché du travail, je tenterai de montrer que la précarité peut aussi être l’occasion de repenser le rapport entre le milieu académique et la productivité. Je poserai alors la question suivante : quel espace de liberté peuvent créer les chargé.es de cours?
En 1994, dans le cadre d’un colloque intitulé La précarité dans l’enseignement, organisé par la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ), le sociologue Claude Lessard, doyen de la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, proposait de « civiliser la précarité ». Qu’en est-il trois décennies plus tard ? Au niveau universitaire, selon les participants au colloque du congrès de l’Acfas 2021, intitulé Les enseignantes et enseignants contractuels au sein des universités du 21e siècle, la précarité aurait plutôt été systématisée que civilisée tel que l’entendait Claude Lessard. C’est l’évolution et l’intégration de cette précarité, non seulement à l’université mais dans tous les milieux de l’éducation, que nous proposons ici d’explorer.
La réalité des précaires a des répercussions autant sur les modalités de l’enseignement, le sentiment d’appartenance au milieu de travail que sur la qualité de vie de ces enseignantes et enseignants précaires. On peut conséquemment se demander quels sont les effets de la précarité sur les milieux d’enseignement et la société. Comment l’évolution des institutions met en relief et définit la précarité ? Comment les précaires se perçoivent, agissent et construisent leurs solidarités ? Comment l’arrivée des technologies dans l’enseignement modifie (ou non) cette précarité et ses répercussions ?
Ce colloque cherche à mieux comprendre les enjeux de précarité dans les milieux de l’enseignement; il vise à créer un espace d’échange entre les acteurs des différents milieux ainsi qu’à examiner les conditions et manières de l’agir. Il réunira délibérément des témoins et représentantes, représentants, ainsi que des spécialistes des diverses disciplines pertinentes. Ce colloque cherche à construire des savoirs et pratiques permettant de transformer le secteur de l’éducation dans l’intérêt commun, celui de ses travailleuses, travailleurs, élèves, étudiantes et étudiants, ainsi que des communautés qui les entourent.
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