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Antoine Agraz : Université de Limoges
La question de l’inclusion socioprofessionnelle en contexte de stage pour des jeunes avec troubles des fonctions cognitives constitue l’un de nos objets de recherche. En 2016, nous avons examiné les représentations du tutorat de stage chez des jeunes scolarisés en Institut Médico-Éducatif à travers des entretiens semi-directifs (Agraz, 2016). Nous avons poursuivi ces investigations en examinant les conduites des tuteurs auprès de ce même public à travers des observations filmées (Agraz, 2020a). Ces recherches ont mis en exergue une tension existante dans les stages que réalisent ces jeunes dans le cadre de leur parcours de formation : la tension entre « logique de production » et « logique d’apprentissage » (Agraz, 2020b). Ces deux logiques peuvent être pensées selon l’environnement dans lequel ces jeunes agissent et « enquêtent » (Dewey, 1967, p.101) en situation de travail, à savoir un environnement où il existe une continuité entre les dimensions biologique (mobilisation du corps) et culturelle (réflexivité). Si nos travaux de recherche ont davantage insisté sur la dimension biologique, nous souhaiterions développer, dans cette communication, la dimension culturelle, à travers la présentation d’un nouvel outil d’exploration d’une réflexivité au travail. En effet, l’entretien d’auto-confrontation (Thiévenaz, 2019) fait naître des enjeux culturels importants au regard de la spécificité du public concerné, et ce autour de la question d’un langage du dire sur le faire.
Le concept de pouvoir d’agir ou empowerment vise principalement des groupes sociaux vulnérables du fait de leur minorisation, de leurs conditions d’existence ou de crises plus globales frappant leur société d’appartenance. Ce concept fait l’objet d’importantes critiques, la principale étant qu’il a été détourné de son objet initial de transformation radicale des structures de pouvoir inégalitaires « à partir du bas » (bottom up) pour en venir graduellement à associer le pouvoir d’agir aux choix individuels et économiques au détriment du pouvoir collectif (Calvès, 2009; Cornwall, 2016). Ceci a conduit un nombre croissant de structures (ONG, associations, structures gouvernementales ou privées, etc.), relayées par des chercheurs de différentes disciplines, à repenser leurs modalités d’action, et, ce faisant, à revisiter certains concepts souvent associés à celui de pouvoir d’agir, dont la signification a fini par devenir ambiguë : participation, vulnérabilité, solidarité, communauté, pour ne citer que ceux-là. L’intention sous-jacente à ces recherches engagées est de permettre la mise en place de dispositifs innovants ancrés dans une démarche collaborative et visant la justice sociale et épistémique. Pour autant, l’enjeu de la durabilité de ces derniers, faute d’une synergie efficace entre eux, reste entier et pose donc la question de leur crédibilité tant auprès des bénéficiaires que des pouvoirs publics censés s’en inspirer pour définir leurs politiques.
Le colloque abordera notamment les questions suivantes en mobilisant des études de cas variées dans leurs contextes et champs disciplinaires : Quels sont les rapports de domination sous-jacents à la mise en œuvre des approches participatives et collaboratives ? Quels sont les enjeux éthiques soulevés par les initiatives s’appuyant sur ces approches ? En quoi l’analyse des trajectoires individuelles permet-elle de mieux comprendre les cheminements vers l’acquisition d’un pouvoir d’agir, les processus d’autonomisation ?
Titre du colloque :