Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Laura Dunn : ETC Group
Plusieurs secteurs du système agroalimentaire ne sont désormais contrôlés que par quatre à six entreprises ce qui leur confère une énorme influence sur les marchés, la recherche agricole et l'élaboration des politiques tout en affaiblissant la souveraineté alimentaire. Cette situation est particulièrement préoccupante puisque les économistes considèrent généralement qu'un taux de concentration de 40 % ou plus pour quatre entreprises constitue un secteur fonctionnant en oligopole. Dans cette présentation, nous explorerons des secteurs tels ceux de l'agrochimie et des semences, où se retrouve une concentration extrême des entreprises au niveau mondial. Nous verrons également la manière dont des entreprises comme Microsoft et Amazon s’imposent dans le secteur agroalimentaire en numérisant chaque étape de la chaîne alimentaire, les firmes agroalimentaires devenant ainsi davantage des entreprises de données. Des problèmes actuels tels que les changements climatiques et l'insécurité alimentaire sont utilisés par les barons de l'agroalimentaire afin de justifier à la fois cette numérisation croissante du secteur et leur contrôle sur tous les aspects de notre système alimentaire.
Au moment où notre fulgurante entrée dans la sixième extinction de la planète nous presse de réduire notre empreinte écologique, énergétique, agroalimentaire et hydrique, l’actuel modèle de développement sociotechnique, marqué par une concentration inégalée des industries, un abyssal élargissement des écarts et une menaçante dilapidation des ressources, vit une crise profonde. Ainsi, même les systèmes agro-industriels, censés nourrir le monde, contribuent paradoxalement, par leur intensification, à 30 % des émissions de gaz à effet de serre et à l’effondrement de la biodiversité. Sur le plan énergétique, les choix de filières et leur intégration dans des plans globaux, limitant l’accélération des dérèglements climatiques, souffre de sérieux problèmes de retards et de cohérence dont pâtissent tous les secteurs d’activité, notamment les transports et l’habitat. Piégés, nous flirtons ainsi d’un côté avec les menaçantes limites planétaires et leurs périlleux points de bascule, et nous sommes happés, de l’autre, par des conflits armés aux redoutables flambées de coûts énergétiques et alimentaires, voire de pénuries. Comment alors pourrions-nous ignorer d’examiner ensemble les enjeux, les stratégies et les horizons de transitions énergétiques et agroalimentaires ? D’une ampleur inégalée, ces changements structurels toucheront l’ensemble des sociétés et de leur fonctionnement, nécessitant d’importants recadrages des paradigmes à l’œuvre et de solides mesures d’adaptation. Or, la gamme des objectifs et des voies divergentes proposées (frugalité volontaire et modes de vie alternatifs, recours technologiques accrus), voire parfois imposées (politiques incitatives ou « punitives » de réduction de la consommation), mérite d’être examinée, en ce qui touche la sécurité alimentaire et énergétique, les conditions de vie et de santé viables et de vitalité des écosystèmes, des milieux urbains et ruraux, tout en étant contextualisée dans une perspective d’espoir et de bien commun.
Titre du colloque :