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Adriana Aguilar-Melo : UQO - Université du Québec en Outaouais
La nécessité de renforcer l'action en faveur de la conservation de la biodiversité entraine une augmentation des mesures de conservation au niveau global, et leur mise en place sur des terres privés. Cependant, ces mesures dépendent du soutien des communautés locales qui peuvent percevoir une injustice. Négliger ces sentiments d’injustices et l’acceptabilité sociale peut compromettre les objectifs de conservation. Pour gérer les conflits liés à la mise en place des mesures de conservation, il est nécessaire de comprendre comment les sentiments d’injustices sont distribués entre les différents acteurs, et évaluer leurs facteurs d’influence. Notre objectif a été d'identifier et de comprendre les perceptions de justice des propriétaires fonciers dans le sud du Québec en ce qui concerne les mesures de conservation sur les terres privées dédiées à l’agriculture, l’acériculture, la foresterie et la villégiature. Pour cela nous avons utilisé quatre dimensions de la justice environnementale : la justice écologique, la justice de reconnaissance, la justice distributive et la justice procédurale. Spécifiquement, nous avons : 1) déterminé si les mesures de conservation sont perçues comme justes ou injustes, selon les types d'acteurs, et 2) évalué si ces perceptions dépendent de facteurs individuels tels que l'âge des propriétaires fonciers, les années d'expérience dans l'activité productive, le revenu, la surface des terres possédées et la dépendance économique à l'égard des terres.
Avant la Convention sur la diversité biologique tenue en 1992 à Rio, les efforts de conservation déployés à l’international pour préserver les écosystèmes étaient principalement axés sur une approche de conservation stricte réalisée en terres publiques sur de larges superficies. La Convention a permis de souligner les limites d’une telle approche, notamment les difficultés à préserver la biodiversité en terres privées ainsi que les enjeux sociaux en résultant. Les pays engagés dans la Convention ont depuis revisité leurs objectifs et ajusté leurs actions continuellement, menant à la 15e Conférence des Parties (COP15) tenue en deux phases en 2022, à Kumming (Chine) et à Montréal (Canada).
Malgré l’engagement d’un grand nombre de pays, dont le Canada, en faveur de la Convention, la mise en place de mesures de conservation demeure difficile à l’échelle régionale pour diverses raisons. D’une part, les rapports entretenus avec la biodiversité par les divers acteurs concernés varient en fonction du contexte socioéconomique, biophysique et culturel. D’autre part, les connaissances, les perceptions, les intérêts personnels et collectifs influent, à leur façon, sur l’acceptabilité sociale et les succès des mesures de conservation. Cela entraîne des représentations sociales de la biodiversité très variées et parfois divergentes, et, par conséquent, un certain désengagement politique et civil à l’égard de celle-ci. Dans ce contexte, nous posons la question : comment redéfinir nos rapports à la biodiversité et la considérer dans les efforts d’aménagement du territoire ?
Nous proposons d’explorer cette question par la tenue d’un colloque qui permettra d’explorer le thème de la conservation de la biodiversité grâce à des connaissances théoriques et empiriques. De plus, il permettra de réunir des expertises complémentaires afin de présenter différentes perspectives sur les efforts de conservation de la biodiversité à différentes échelles territoriales. Grâce à une formule combinant des présentations de conférenciers, entrecoupées d’une activité de discussion en atelier, nous encouragerons les participants à approfondir leurs réflexions quant aux rapports qu’entretient la société avec la biodiversité. Ces discussions permettront de souligner le caractère intersectoriel de la conservation qui, en terres privées, passe forcément par un aménagement durable du territoire, tout en mettant en lumière comment la perception de la biodiversité influence nos façons d’appréhender la conservation. Avec un regard rivé sur la COP15, nous aborderons les notions de droit, de justice environnementale, de conservation de la nature, d’acceptabilité sociale et d’aménagement du territoire pour la protection de la biodiversité et l’atteinte des objectifs de développement durable des Nations Unies. Nous valoriserons ainsi la vulgarisation, l’intégration et le transfert de connaissances, notamment en encourageant l’ouverture au dialogue.