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Diane Léger : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Dans une humanité désormais menacée de périls mortels, la vie de l’espèce humaine et celle de la biosphère deviennent une valeur primordiale qui appelle une transformation de l’humanité en Humanité (Morin, 2011; 2015). Le champ disciplinaire de la psychosociologie des relations humaines est concerné au premier plan par cette métamorphose cruciale car son objet d’études est l’accompagnement du changement humain. Dans cette perspective, les pratiques d’humanisation telles que nous les envisageons en psychosociologie ont pour visée d’investir un « humanisme régénéré » puisant aux sources anthropologiques de l’éthique, soit la solidarité et la responsabilité (Morin, 2015). La pédagogie des programmes en psychosociologie à l’UQAR concrétise cette visée par ses cadres et ses pratiques radicalement ancrés dans des approches expérientielles, réflexives et dialogiques. Cette pédagogie universitaire sollicite l’implication en première personne des acteurs de la formation à cette prise de conscience et vise le développement de compétences d’accompagnement fondées sur les principes de solidarité et de responsabilité. À partir de différents travaux publiés à ce sujet (Léger et Rugira, 2015; Léger et Cousin, 2022) et de la poursuite de l’étude longitudinale de nos pratiques, nous présenterons les principaux fondements et quelques modalités pédagogiques de ces programmes afin de discuter de leur portée humanisante.
Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.
Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.
Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.
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