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Pierre Lebret : Futur Au Présent International
En 2020, l’association franco-sénégalaise Futur Au Présent a créé le programme Passer’Aile afin de contribuer à un meilleur accompagnement des mineur.e.s non accompagné.e.s par le biais d’échanges de pratiques entre travailleur.s.es sociaux.les d’Afrique de l’Ouest au sein de structure d’accueil en France, en Espagne et en Italie. Cette démarche soulève certains questionnements. Les coopérations entre acteurs du Sud et du Nord ouvrent-elles un processus d'hybridation des pratiques dans le domaine de l'accompagnement social des jeunes mineur.e.s ? Cette hybridation est-elle une clé pour mieux saisir l'expérience migratoire des jeunes et renforcer le pouvoir d'agir des acteurs sociaux concernés, dans les pays d'arrivée comme dans les pays de départ ? Comment se construit cette hybridation ? Mais aussi : quel est l'impact d'un tel projet sur le parcours et la vie des MNA ? Permet-il de contribuer à leur autonomisation et à favoriser leur inclusion ? Contribue-t-il à une meilleure réalisation des objectifs qui les ont poussés à émigrer et à une meilleure capacité de s'accomplir en termes personnels et professionnels ?
Le concept de pouvoir d’agir ou empowerment vise principalement des groupes sociaux vulnérables du fait de leur minorisation, de leurs conditions d’existence ou de crises plus globales frappant leur société d’appartenance. Ce concept fait l’objet d’importantes critiques, la principale étant qu’il a été détourné de son objet initial de transformation radicale des structures de pouvoir inégalitaires « à partir du bas » (bottom up) pour en venir graduellement à associer le pouvoir d’agir aux choix individuels et économiques au détriment du pouvoir collectif (Calvès, 2009; Cornwall, 2016). Ceci a conduit un nombre croissant de structures (ONG, associations, structures gouvernementales ou privées, etc.), relayées par des chercheurs de différentes disciplines, à repenser leurs modalités d’action, et, ce faisant, à revisiter certains concepts souvent associés à celui de pouvoir d’agir, dont la signification a fini par devenir ambiguë : participation, vulnérabilité, solidarité, communauté, pour ne citer que ceux-là. L’intention sous-jacente à ces recherches engagées est de permettre la mise en place de dispositifs innovants ancrés dans une démarche collaborative et visant la justice sociale et épistémique. Pour autant, l’enjeu de la durabilité de ces derniers, faute d’une synergie efficace entre eux, reste entier et pose donc la question de leur crédibilité tant auprès des bénéficiaires que des pouvoirs publics censés s’en inspirer pour définir leurs politiques.
Le colloque abordera notamment les questions suivantes en mobilisant des études de cas variées dans leurs contextes et champs disciplinaires : Quels sont les rapports de domination sous-jacents à la mise en œuvre des approches participatives et collaboratives ? Quels sont les enjeux éthiques soulevés par les initiatives s’appuyant sur ces approches ? En quoi l’analyse des trajectoires individuelles permet-elle de mieux comprendre les cheminements vers l’acquisition d’un pouvoir d’agir, les processus d’autonomisation ?
Titre du colloque :