pen icon Colloque
quote

Phraséologismes pragmatiques injonctifs dans la langue de spécialité

AG

Membre a labase

Araceli Gómez Fernández : Universidad Nacional de Educación a Distancia

Résumé de la communication

Cette communication est consacrée à l’étude des phraséologismes pragmatiques dans la langue de spécialité dans une perspective contrastive français-espagnol. L’étude présente la délimitation des pragmatèmes, contraints par une situation pragmatique précise, à partir de patrons de reconnaissance tels que la valeur illocutive, le figement, la polylexicalité et la situation spéciale dans laquelle ils s’insèrent. Pour ce faire, l’on porte une attention particulière à l’ancrage temporel et aspectuel du pragmatème. Nous décrivons un type de pragmatème spécialisé : le pragmatème injoctif dans le domaine spécialisé, très lié à des mécanismes procéduraux et à une forte charge émotionnelle. Nous verrons qu’un même pragmatème peut participer dans deux situations de communication spécialisées différentes et avoir le même sens. C’est le cas de pragmatèmes tels que À vos marques ! Prêts ? Partez ! un pragmatème en trois temps sous des coordonnées d’action. En espagnol, ¡ A sus puestos ! a une signification différente dans un contexte sportif (À vos marques !) ou dans un contexte militaire (À vos rangs !). La langue de spécialité demande des codes précis partagés dans le processus de ritualisation, un univers de référence culturel plus vaste. En dehors d’une situation spéciale et marquée, ces phraséologismes ne peuvent pas être réalisés avec le même sens.

Résumé du colloque

Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).

La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).

Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :