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Pour l’amour des plantes : sur l’art de répondre aux caprices végétaux

LB

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Léanne Baillargeon : Université de Montréal

Résumé de la communication

Lors de mon travail ethnographique auprès de jardiniers.ères québécois.es, je me suis intéressée aux soins qu’ils et elles prodiguent à leurs plantes dans leurs potagers personnels et collectifs. D’une manière intéressante, il est ressorti de mes entrevues que cette relation de soin implique non seulement une réponse aux besoins de base des plantes en tant qu’êtres vivants et végétaux, mais aussi éventuellement une attention (Boke, 2019) aux demandes individuelles de ces plantes et une relation affective d’importance (Archambault, 2016), dans laquelle plantes et humains dialoguent et échangent des affects. En effet, il semble que le jardinier gagne un savoir situé (Haraway, 1988) sur les besoins de ses plantes à travers des expériences spécifiques au jardin dans lesquelles les plantes agissent comme guides (Nathen, 2018). Ainsi, c’est l’acte de s’engager entièrement dans le processus de devenir-avec (becoming-with) (Haraway, 2003) les plantes, de vivre dans leur monde et d’en découvrir les règles qui permet au jardinier d’apprendre comment s’allier avec elles et les écouter pour bien répondre à leurs préférences. L’évolution de la relation humain-plante au fil de cet engagement suggère aussi que chacun des partenaires s’y retrouve affecté et transformé (Haraway, 2003).

Résumé du colloque

Ces dernières années, les études sur les plantes ont été profondément renouvelées. On s’est en effet rendu compte à quel point le végétal est resté largement impensé (Coccia 2016). Bien qu'ils soient omniprésents, les végétaux sont en fait difficiles à appréhender. Leur puissance affective notamment, laquelle agit sur, dans et à travers nous, est largement ignorée. Inspirée par la philosophie, l’anthropologie propose depuis quelques dizaines d’années de nouvelles façons de composer avec le végétal. Le colloque vise à explorer un éventail de thématiques contemporaines situées au nexus humain-plante, avec un intérêt particulier pour les recherches qui dépassent la plante ou l’humain comme entités discrètes pour s’intéresser à ce qui se créée dans la rencontre. Les approches ou méthodes qui prennent corps depuis le végétal, comme apprendre à écouter les plantes, à devenir attentif à leurs vitalités (Chudakova 2017 ; Nathen 2018), étirant nos habiletés perceptives (Gibson 2018), nous incitant à « devenir- senseur » (Myers 2016), voire devenir-plante (Laplante et Brunois-Pasina 2020), sont d’intérêt particulier, sans être exclusives. Il peut s’agir d’écritures vivantes ou performatives, voire aussi appelées poétiques ou phénoménologiques permettant de rester proche des contextes et pratiques ou évitant des formes d’écritures objectivantes, voir celles que Taussig (2018) qualifie d’écritures « agribusiness ». Nous proposons de plonger dans les plis de la vie des végétaux, au sens de Michaux (1990) ou de l’approche rhizomique de Deleuze et Guattari (1980), voire d’explorer la diversité de ce que Hustak et Myers (2012, 2020) appellent des récits involutifs, laissant place aux affects, aux textures, aux sensations, aux arômes, aux vitesses et aux lenteurs végétales.

Plusieurs recherches dans ce domaine en anthropologie se sont portées sur les usages que les humains font des plantes ou ce que les plantes font aux humains, il demeure que les potentiels affectifs imprévisibles et toujours en suspens, sont moins abordés (Laplante et Brunois- Pasina 2020). Il s’agit donc d’explorer de nouvelles méthodologies plus attentives aux sens et aux affects, et de questionner autant la recherche elle-même que la façon dont l’on en rend compte. D’une manière plus pointue, il s’agit de se demander comment ces nouvelles façons d’aborder le végétal et d’en rendre compte ont un potentiel transformateur, contribuant à une recomposition des mondes (Latour 2006). En effet des recherches et des formes d’écriture qui décomposent le monde peuvent participer à la prise en compte du problème de la plantation, mais il faut des formes d’écritures plus dynamiques ou performative afin de favoriser la prolifération de la vie végétale, voir son compostage. Le caractère innovant de la recherche repose donc sur ces prémisses qu’il reste à explorer aussi aux niveaux littéraires, audiovisuel et artistique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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