Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Sophie Lewandowski : Institut de recherche pour le développement
Les travaux pionnier sur l’empowerment comme ceux de Paolo Freire et d’Orlando Fals Borda sont souvent interprétés de manière partielle par les dispositifs de recherche et d’accompagnement social. Ils proposent, en effet, aux groupes défavorisés de travailler sur leur pouvoir de se penser, de se dire et d’agir, mais omettent de proposer aux classes majoritaires ou puissantes de revisiter leurs propres postures. Pourtant, la volonté et la « cécité des dominants » qu’évoque José Médina constituent la frontière à laquelle se heurte in fine le pouvoir d’agir des dominés.
Dans trois projets de recherche-action en Amérique du Sud et en Méditerranée, nous avons suggéré un retournement de regard aux catégories sociales favorisées présentes sur les territoires, ainsi qu’aux concepteurs même des projets. Nous leur avons proposé qu’ils expérimente le théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal avant ou en parallèle du même processus réalisé avec les autres catégories sociales. Nous avons ensuite associé au Théâtre forum (TF) la Communication NonViolente (CNV) de Marshall B. Rosenberg qui invite à un retournement de regard plus poussé. Dans les deux cas (TF ou TF-CNV), nous nous sommes heurtés à certains moments à des stratégies de dénis, d’évitement et de blocage qui nous ont permis de dégager neufs points de vigilance sans lesquels ce type d’expérimentations peuvent contribuer à reproduire et non à transformer les systèmes d’iniquité existants
Le concept de pouvoir d’agir ou empowerment vise principalement des groupes sociaux vulnérables du fait de leur minorisation, de leurs conditions d’existence ou de crises plus globales frappant leur société d’appartenance. Ce concept fait l’objet d’importantes critiques, la principale étant qu’il a été détourné de son objet initial de transformation radicale des structures de pouvoir inégalitaires « à partir du bas » (bottom up) pour en venir graduellement à associer le pouvoir d’agir aux choix individuels et économiques au détriment du pouvoir collectif (Calvès, 2009; Cornwall, 2016). Ceci a conduit un nombre croissant de structures (ONG, associations, structures gouvernementales ou privées, etc.), relayées par des chercheurs de différentes disciplines, à repenser leurs modalités d’action, et, ce faisant, à revisiter certains concepts souvent associés à celui de pouvoir d’agir, dont la signification a fini par devenir ambiguë : participation, vulnérabilité, solidarité, communauté, pour ne citer que ceux-là. L’intention sous-jacente à ces recherches engagées est de permettre la mise en place de dispositifs innovants ancrés dans une démarche collaborative et visant la justice sociale et épistémique. Pour autant, l’enjeu de la durabilité de ces derniers, faute d’une synergie efficace entre eux, reste entier et pose donc la question de leur crédibilité tant auprès des bénéficiaires que des pouvoirs publics censés s’en inspirer pour définir leurs politiques.
Le colloque abordera notamment les questions suivantes en mobilisant des études de cas variées dans leurs contextes et champs disciplinaires : Quels sont les rapports de domination sous-jacents à la mise en œuvre des approches participatives et collaboratives ? Quels sont les enjeux éthiques soulevés par les initiatives s’appuyant sur ces approches ? En quoi l’analyse des trajectoires individuelles permet-elle de mieux comprendre les cheminements vers l’acquisition d’un pouvoir d’agir, les processus d’autonomisation ?
Titre du colloque :