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Simon Massei : Université Paris-Et Créteil Val-de-Marne
L'acclimatation des recherches francophones en éducation au concept d'intersectionnalité est, par comparaison avec d'autres disciplines, à la fois tardive et inachevée. Près de trente ans séparent ainsi la théorisation de ce concept en 1989 du premier colloque francophone de sciences de l'éducation sur le sujet organisé en 2017. Cette importation tardive s'est en outre accompagnée, comme dans d'autres disciplines et d'autres champs académiques nationaux, d'une diversification des usages de ce concept. Plusieurs travaux proposent aujourd'hui d'ajouter au triptyque initial genre-race-classe d'autres catégories ou variables d'analyse, à l'instar de l'âge, du handicap, ou de la valeur scolaire. Néanmoins, à la différence de la sociologie ou de la science politique par exemple, où l'évolution des usages du concept d'intersectionnalité a fait l'objet de réflexions collectives et de publications critiques, les implications théoriques de cette évolution n'ont été que peu questionnées dans le cas des recherches en éducation.
Cette communication vise à la fois à proposer un panorama des usages du concept d'intersectionnalité dans ce domaine d'étude aujourd'hui et à défendre un point de vue théorique : réserver l'usage de ce concept à l'analyse de l'articulation des rapports sociaux de race aux autres rapports de domination dans le système éducatif, et renoncer à en faire un usage statistique ou catégoriel qui risque de confondre rapport social et variable démographique.
Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.
« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.
Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.
Nous vous proposons quatre thématiques :
Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.
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