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Mathieu Fiolet : Police nationale
Chaque année depuis près de dix ans, plusieurs milliers d’élèves gardiens de la paix intègrent les écoles de police, renouvelant ainsi grandement l’effectif des policiers sur le terrain. Cette intégration se fait par concours, en général un voire deux chaque année, et les policiers ainsi recrutés en une année sont, ensuite, intégrés en écoles en quelques promotions. En 2019, nous avons décidé de nous intéresser aux promotions 249 à 252, soit 3171 élèves qui, pour 96 % d’entre eux, ont été recrutés grâce au concours de l’année 2017 (et réciproquement, 95,2 % des lauréats de ce concours ont été intégrés dans l’une ou l’autre de ces quatre promotions). À ces 3171, nous avons proposé un long questionnaire, et 2848 y ont répondu. Nous avons, par ailleurs, réalisé des entretiens individuels avec 47 de ces élèves.
À l’aide de ces éléments, nous tenterons donc de décrire non seulement notre effectif, mais aussi ce chemin, cette « carrière sociale » personnel(le) qui les a amenés à effectivement devenir policiers, et plus précisément à se présenter au concours, à l’obtenir et à intégrer l’école de police. L’objectif sera donc de révéler les multiples étapes de ce chemin, et la façon dont chacun a fait en sorte, à chacune de ces étapes, de passer à la suivante, quand d’autres, engagés eux aussi sur ce chemin, ont fait le choix, à un moment, de s’en échapper pour faire autre chose.
Tantôt questionnée quant à sa réelle capacité à préparer les policier·ère·s aux défis de la profession, ou encore quant à sa capacité à suffisamment approvisionner les organismes policiers en recrues, la formation policière est régulièrement au centre des discussions publiques et politiques dès qu’un événement malheureux lié à la sécurité publique survient. Au Québec, le gouvernement provincial a entre autres récemment promis d’injecter de l’argent pour faciliter l’embauche de quelque 450 nouvelles personnes à Montréal en réponse à une vague de violence perçue dans la métropole, malgré la baisse du nombre de demandes d’admission à l’École nationale de police du Québec. De plus, l’intervention auprès des personnes dont l’état mental est perturbé est devenue l’exemple type des limites de la formation policière : malgré toute leur bonne volonté, les policier·ère·s ne sont pas, et ne seront jamais, des expert·e·s capables de diagnostiquer les problèmes et d’intervenir en dehors du cadre de la sécurité publique, qui n’est pas toujours le plus adéquat.
De plus, devant un problème de n’importe quelle nature, il semble que la formation supplémentaire représente une solution adéquate aux yeux de plusieurs pour faire face à des problèmes de diverses natures. La formation policière pose des défis qui sont étroitement liés à sa structure énormément variable. En effet, si elle est plutôt centralisée au Québec, au moyen d’un programme collégial et d’une formation initiale à l’École nationale de police du Québec communs au quasi-ensemble des policier·ère·s de la province, la diversité est beaucoup plus grande ailleurs. À titre d’exemple, les États-Unis comptent 18 000 organismes policiers, dont un grand nombre peuvent édicter leurs propres règles en matière de formation.
Comme l’évoque son titre, ce colloque se propose d’éclairer le « comment » devenir policier, mais aussi le « pourquoi ». Il vise d’abord à explorer ce qu’on sait sur la formation policière. À notre connaissance, il n’existe que peu ou pas de littérature scientifique sur le sujet, en particulier dans la francophonie. Ensuite, le colloque vise à adopter une perspective plus microscopique en s’intéressant aux caractéristiques individuelles des futur·e·s policier·e·s, comme leurs motivations personnelles et leurs aspirations professionnelles. Peu d’études se sont jusqu’ici intéressées à systématiquement comprendre les raisons à l’origine de la formation choisie, même si plusieurs études dans d’autres domaines suggèrent que les motivations initiales à l’emploi sont d’excellents prédicteurs des trajectoires professionnelles futures. Toutes ces questions, auxquelles s’ajoute un rôle policier en changement, ont ultimement une incidence importante sur la sécurité publique et la vie en société. Ce colloque aspire ainsi à réfléchir au devenir policier de demain.