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Julie Nadeau : Julie Nadeau, T.S.
Au centre des motivations à devenir policier, plusieurs nommeront leur envie de prévenir, voire éradiquer le crime. C'est souvent un idéal de justice qui fait en sorte que des aspirants choisissent le métier policier. Dans notre réalité de travailleuse sociale spécialisée avec les intervenants d’urgence, se trouve une multitude de policiers qui ont la volonté d’aider mais qui se sentent peu outillés face à la détresse humaine. Plusieurs présenteront des signes de fatigue de compassion. Leurs préoccupations sont souvent tournées vers le syndrome des portes tournantes en santé mentale, le manque de collaboration interprofessionnelle et le manque de formation pour intervenir en contexte de comorbidité.
Notre présentation s’attardera à présenter des situations cliniques vécues mais également, ce qui nous interpelle dans le choc de la théorie à la pratique que les policiers que nous rencontrons nous évoquent. Alors qu’en 2001, nous publiions sur le stress des policiers et que cet enjeu ressortait peu, la pratique actuelle nous fait réaliser que l’impuissance des policiers face aux enjeux de santé mentale peuple nos rencontres. Il s’agira donc d’un récit de pratique centré sur le concept de fatigue de compassion : sa définition et symptômes énoncés par les policiers. Nous aborderons également des stratégies individuelles et collectives, notamment une formation plus axée sur la relation d’aide en contexte d’autorité, pour aider les jeunes policiers à se protéger psychologiquement.
Tantôt questionnée quant à sa réelle capacité à préparer les policier·ère·s aux défis de la profession, ou encore quant à sa capacité à suffisamment approvisionner les organismes policiers en recrues, la formation policière est régulièrement au centre des discussions publiques et politiques dès qu’un événement malheureux lié à la sécurité publique survient. Au Québec, le gouvernement provincial a entre autres récemment promis d’injecter de l’argent pour faciliter l’embauche de quelque 450 nouvelles personnes à Montréal en réponse à une vague de violence perçue dans la métropole, malgré la baisse du nombre de demandes d’admission à l’École nationale de police du Québec. De plus, l’intervention auprès des personnes dont l’état mental est perturbé est devenue l’exemple type des limites de la formation policière : malgré toute leur bonne volonté, les policier·ère·s ne sont pas, et ne seront jamais, des expert·e·s capables de diagnostiquer les problèmes et d’intervenir en dehors du cadre de la sécurité publique, qui n’est pas toujours le plus adéquat.
De plus, devant un problème de n’importe quelle nature, il semble que la formation supplémentaire représente une solution adéquate aux yeux de plusieurs pour faire face à des problèmes de diverses natures. La formation policière pose des défis qui sont étroitement liés à sa structure énormément variable. En effet, si elle est plutôt centralisée au Québec, au moyen d’un programme collégial et d’une formation initiale à l’École nationale de police du Québec communs au quasi-ensemble des policier·ère·s de la province, la diversité est beaucoup plus grande ailleurs. À titre d’exemple, les États-Unis comptent 18 000 organismes policiers, dont un grand nombre peuvent édicter leurs propres règles en matière de formation.
Comme l’évoque son titre, ce colloque se propose d’éclairer le « comment » devenir policier, mais aussi le « pourquoi ». Il vise d’abord à explorer ce qu’on sait sur la formation policière. À notre connaissance, il n’existe que peu ou pas de littérature scientifique sur le sujet, en particulier dans la francophonie. Ensuite, le colloque vise à adopter une perspective plus microscopique en s’intéressant aux caractéristiques individuelles des futur·e·s policier·e·s, comme leurs motivations personnelles et leurs aspirations professionnelles. Peu d’études se sont jusqu’ici intéressées à systématiquement comprendre les raisons à l’origine de la formation choisie, même si plusieurs études dans d’autres domaines suggèrent que les motivations initiales à l’emploi sont d’excellents prédicteurs des trajectoires professionnelles futures. Toutes ces questions, auxquelles s’ajoute un rôle policier en changement, ont ultimement une incidence importante sur la sécurité publique et la vie en société. Ce colloque aspire ainsi à réfléchir au devenir policier de demain.
Titre du colloque :