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Renouer. Intercession(s) d’une plante « invasive » dans les relations d’une ville avec ses friches industrielles

KV

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Karine Vanthuyne : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

La renouée du Japon est généralement considérée comme « une plante invasive ». Elle est classée parmi les 100 espèces les plus préoccupantes par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Elle n’est cependant pas exempte de qualités, alors qu’elle permet entre autres de stabiliser les éléments métalliques dans les sols pollués.

Ma présentation découle d’un projet de recherche-action participative mené depuis le printemps 2021 dans des friches industrielles de St-Etienne, France, où poussent des renouées. À travers trois gestes techniques que mon équipe pluridisciplinaire et moi avons ritualisés et collectivisés avec des habitants du quartier de Crêt de Roc - soient le fanage, le déchiquetage et le compostage de la renouée là où elle pousse (et non là où on l’aurait planté) - nous documentons les capacités de phytoremédiation de la renouée tout en interrogeant les conventions d’usage des sols (contaminés ou non) en milieu urbain. Dans cette communication, j’examinerai plus particulièrement comment les pratiques de soin que nous avons ritualisées et collectivisées autour de la renouée encouragent la (ré)émergence de relations affectives, voire de rapports intimes (Lyons 2018, Tironi 2018), entre citadins et friches industrielles.

Résumé du colloque

Ces dernières années, les études sur les plantes ont été profondément renouvelées. On s’est en effet rendu compte à quel point le végétal est resté largement impensé (Coccia 2016). Bien qu'ils soient omniprésents, les végétaux sont en fait difficiles à appréhender. Leur puissance affective notamment, laquelle agit sur, dans et à travers nous, est largement ignorée. Inspirée par la philosophie, l’anthropologie propose depuis quelques dizaines d’années de nouvelles façons de composer avec le végétal. Le colloque vise à explorer un éventail de thématiques contemporaines situées au nexus humain-plante, avec un intérêt particulier pour les recherches qui dépassent la plante ou l’humain comme entités discrètes pour s’intéresser à ce qui se créée dans la rencontre. Les approches ou méthodes qui prennent corps depuis le végétal, comme apprendre à écouter les plantes, à devenir attentif à leurs vitalités (Chudakova 2017 ; Nathen 2018), étirant nos habiletés perceptives (Gibson 2018), nous incitant à « devenir- senseur » (Myers 2016), voire devenir-plante (Laplante et Brunois-Pasina 2020), sont d’intérêt particulier, sans être exclusives. Il peut s’agir d’écritures vivantes ou performatives, voire aussi appelées poétiques ou phénoménologiques permettant de rester proche des contextes et pratiques ou évitant des formes d’écritures objectivantes, voir celles que Taussig (2018) qualifie d’écritures « agribusiness ». Nous proposons de plonger dans les plis de la vie des végétaux, au sens de Michaux (1990) ou de l’approche rhizomique de Deleuze et Guattari (1980), voire d’explorer la diversité de ce que Hustak et Myers (2012, 2020) appellent des récits involutifs, laissant place aux affects, aux textures, aux sensations, aux arômes, aux vitesses et aux lenteurs végétales.

Plusieurs recherches dans ce domaine en anthropologie se sont portées sur les usages que les humains font des plantes ou ce que les plantes font aux humains, il demeure que les potentiels affectifs imprévisibles et toujours en suspens, sont moins abordés (Laplante et Brunois- Pasina 2020). Il s’agit donc d’explorer de nouvelles méthodologies plus attentives aux sens et aux affects, et de questionner autant la recherche elle-même que la façon dont l’on en rend compte. D’une manière plus pointue, il s’agit de se demander comment ces nouvelles façons d’aborder le végétal et d’en rendre compte ont un potentiel transformateur, contribuant à une recomposition des mondes (Latour 2006). En effet des recherches et des formes d’écriture qui décomposent le monde peuvent participer à la prise en compte du problème de la plantation, mais il faut des formes d’écritures plus dynamiques ou performative afin de favoriser la prolifération de la vie végétale, voir son compostage. Le caractère innovant de la recherche repose donc sur ces prémisses qu’il reste à explorer aussi aux niveaux littéraires, audiovisuel et artistique.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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