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Représentation des variantes des idiomes français dans les dictionnaires d’apprentissage

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Elena Berthemet : Centre de Linguistique en Sorbonne

Résumé de la communication

La polylexicalité du phraséologisme fait que le potentiel de variation de sa forme est plus considérable que celui d’un mot. Le problème est d’autant plus complexe que la variation de certaines composantes peut être tellement élevée que les frontières du phraséologisme se diluent. (Baranov, Dobrovol’skiĭ 2014 : 17) Dans cette contribution, je me propose d’examiner trois types de variantes : lexicales (faire un malheur/un tabac), morphosyntaxiques (être chaud, être chaud pour et c’est chaud de) et pragmatiques ((fr.) être/se mettre sur son trente-et-un et (Québec) être/se mettre sur son trente-six).

Les principales questions auxquelles seront fournies des éléments de réponse sont les suivantes : Comment identifier la forme « zéro », à partir de laquelle les autres seraient dites des variantes ? Comment distinguer les variantes d’un même idiome et les idiomes indépendants ? Comment déterminer la forme basique de l’idiome ? Quelles sont les implications pour la lexicographie ? L’étude est basée sur le corpus personnel issu de l’expérience professionnelle de l’auteure en tant qu’enseignante de FLE et d’interculturalité ainsi que les corpus disponibles dans https://www.sketchengine.eu/. Après avoir mesuré le défi considérable que les variantes représentent pour la lexicographie, nous montrerons comment elles sont traitées dans les dictionnaires avant d’arriver à notre proposition de traitement lexicographique.

Résumé du colloque

Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).

La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).

Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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