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Sexisme récréatif et identité transgenre en Afrique subsaharienne

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Ferdulis Zita Odome Angone : Université Cheikh-Anta-Diop

Résumé de la communication

Au sein du système patriarcal, nous dénombrons quatre piliers scrupuleusement encadrés à l’intérieur desquels les hommes sont autorisés à s’émouvoir tant que cela n’entache pas l’image voulue de la masculinité hégémonique : la guerre, le sexe, l’humour et les sports de combat et/ou de réjouissance collective; autrement dit des contextes largement justifiés dans le temps.

Dans un contexte binaire radical à forte tendance sexiste et aux relents homophobes, à l’exemple de l’imaginaire collectif en Afrique francophone, la fluidité des genres n’est souvent autorisée qu’encadré par l’humour selon une temporalité bien déterminée (le temps de la performance scénique).

Le sexisme récréatif est une sentinelle puissante du système patriarcal. Il consiste pour un humoriste homme hétérosexuel cisgenre d’usurper l’identité de genre assignée à une femme (ou à un membre issu du collectif LGBTQ+) en hyperreprésentant de façon caricaturale des rôles traditionnellement associés à ce collectif. Ainsi, le sujet en performance reproduit des stéréotypes et divers clichés, et pour comble en amusant la galerie pendant que le même individu travesti se fait de l’argent., c’est ce que nous nommons le sexisme récréatif au sein d’un ordre mondial hétéro-capitaliste. Ici, être femme n’est drôle que lorsqu’on n’en est pas une.

A partir d’une perspective interdisciplinaire croisant les théories féministes et l’univers du numérique, notre communication s’attèlera à démontrer que le (cyber)sexisme récréatif est un fantasme misogyne et homophobe. C’est pourquoi il importe de dépatriarcaliser la sensibilité humoristique.

A cet effet, nous prenons pour objet d’étude les comédiens « Maman Grand Nord » et « Le docteur de la comédie », tous deux très connus sur Facebook par les internautes de ce pays ; au Cameroun, Maa Jacky un autre exemple plausible.

La ressource humaine qui génère de la richesse est de ce fait précarisée pour la rendre plus vulnérable ainsi, elle n’aurait pas assez de force d’exigence, encore moins d’argument de résistance.

Résumé du colloque

La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).

Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?

Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 10 mai 2023

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