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[À DISTANCE] De la manière organisationnelle de constituer un collectif

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Thomas Martine : Audencia Business School

Résumé de la communication

Une contribution majeure de James Taylor est d’avoir montré que tout acte de communication implique un décentrement du locuteur au sens où celui-ci parle toujours au nom d’autres choses. Pour Taylor, un acte de communication est organisant dès lors que l’agent (locuteur) s’exprime au nom d’un collectif de personnes. Si cette proposition s’est avérée être extrêmement fructueuse pour analyser les phénomènes organisationnels « en train de se faire », elle a le défaut de ne pas suffisamment interroger la manière typiquement organisationnelle de former un collectif. Pour ouvrir cette réflexion et ainsi prolonger les intuitions de Taylor, nous proposons de nous appuyer sur le travail de Bruno Latour sur les modes d’existence. Pour Latour, agir (ou communiquer) de façon organisationnelle consiste à s’exprimer au nom de scripts (ex. listes de tâches, rendez-vous, projets, contrats, promesses, etc.), c’est-à-dire de programmes d’action que nous concevons pour nous-mêmes (ou d’autres), mais qui, une fois conçus, ont la particularité de dicter ce que nous devons faire. L’intérêt de cette définition est qu’elle permet de distinguer l’action organisante d’autres manières de constituer un collectif et de s’interroger sur leurs interactions. Dans cette présentation, nous nous intéresserons au contraste entre les manières organisationnelle et politique de produire un collectif.

Résumé du colloque

James R. Taylor, le fondateur de l’École de Montréal en communication organisationnelle, une école de pensée mondialement reconnue en sciences de la communication et en études organisationnelles, est décédé le 21 avril dernier à l’âge vénérable de 93 ans. Depuis la publication, en 1988, de son ouvrage intitulé Une organisation n’est qu’un tissu de communications, James Taylor n’avait cessé de mettre de l’avant la nécessité de penser les phénomènes organisés à partir d’une perspective résolument communicationnelle, c’est-à-dire d’une perspective centrée sur la manière dont les êtres humains coopèrent pour faire être et fonctionner des ensembles organisés. Alors que la communication était, jusque dans les années 1980, essentiellement pensée comme une diffusion d’informations (comment mieux communiquer les décisions et positions de l’entreprise à l’ensemble du personnel, au grand public, aux actionnaires, etc.), Taylor a proposé ni plus ni moins un changement de paradigme en montrant que la communication était, en fait, constitutive de tout phénomène organisé. Ce programme de recherche, qui fut rétrospectivement baptisé approche CCO (pour constitution communicationnelle de l’organisation), a depuis inspiré des personnes représentant les cinq continents. Toutes et tous tentent ainsi de montrer que la communication n’est pas simplement quelque chose qui se passe dans les organisations, mais que l’organisation elle-même est à trouver, en quelque sorte, dans la communication. Ce colloque propose ainsi de réunir les représentantes et représentants francophones de ce mouvement de pensée afin non seulement de rendre hommage à ce chercheur hors normes qu’était James R. Taylor, mais aussi d’explorer les développements futurs de cette perspective. En particulier, nous inviterons l’ensemble des participants à réhabiliter les phénomènes de diffusion, de propagation et de transmission qui ont peut-être été trop négligés par le mouvement CCO, pour des raisons finalement assez idéologiques. Au-delà des enjeux théoriques et analytiques qui seront explorés au cours de ce colloque, ce dernier a également l’ambition de creuser plus avant les conséquences pratiques du tournant paradigmatique opéré par James R. Taylor. Comme on le sait, quand le milieu des praticiens pense la communication, c’est généralement en termes de transmission d’informations, ce qui est, somme toute, normal et attendu. On ne compte plus, en effet, les « problèmes de communication » qui hantent toute organisation, que l’on parle d’entreprises, d’ONG ou d’administrations gouvernementales. En rejetant le paradigme de la transmission, qui prévalait dans les sciences organisationnelles jusque dans les années 1980, le mouvement CCO a certes pu innover en montrant tout ce qu’une perspective communicationnelle pouvait apporter à notre compréhension des phénomènes organisés, mais il a peut-être négligé la nécessité d’un dialogue avec le monde de la pratique, toujours très axé sur le paradigme diffusionnel.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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