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Marie-Lou Troutier : Université de Bourgogne
Le jeu vidéo peut-il être un outil (auto)thérapeutique pour les Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA) ? Bien que la recherche scientifique s'intéresse de plus en plus à l'utilisation du jeu vidéo à visée thérapeutique pour les TSA, le discours dominant reste la question de l'addiction. Cette communication se base sur un projet de thèse agrémenté d’un stage au Centre de Ressources Autisme (CRA) de Bourgogne, où le chercheur a pu être en contact avec des personnes autistes, leurs proches, et mener une observation des pratiques de professionnels de santé. Il souligne l'intérêt des personnes autistes pour les jeux vidéo en raison de leurs particularités, notamment leurs intérêts spécifiques très souvent liés au domaine du numérique. Il s’agit de dépasser la vision négative des jeux vidéo en tant qu'outil thérapeutique et créateur de lien social, en s'appuyant sur des données empiriques provenant d'une communauté en ligne d'autistes sur Discord, qui révèle un besoin de reconnaissance à caractère émancipatoire. Par une approche phénoménologique, il serait alors pertinent de considérer le jeu vidéo comme un outil pour améliorer la qualité de vie des personnes autistes et leur permettre de se faire reconnaître dans une communauté.
Depuis les dernières décennies, des travaux mettent de l’avant une perspective critique des études du handicap. Ce champ interdisciplinaire donne également lieu à des critiques « de l’intérieur ». Des autrices et des auteurs, travaillant dans de nouveaux courants connexes, sont par ailleurs soucieux de développer leurs travaux « en dehors » des Critical Disability Studies. Des approches culturelles ou celle de l’affirmation identitaire comme acte politique émergent (ex. : études critiques de l’autisme, études [critiques] de la surdité, études de la folie). Avec l’essor de la société civile, les études critiques du handicap, de l’autisme, de la surdité et de la folie offrent des angles d’approche inédits non seulement pour appréhender la citoyenneté, la reconnaissance et les inégalités sociales, mais aussi pour questionner l’ancrage capacitiste des normes et des attentes sociales.
Parallèlement, au cours des dernières années, les savoirs expérientiels se sont imposés comme une nouvelle donne contemporaine, qu’il s’agisse d’intégration au développement de programmes de formation en intervention ou d’offre de services dans le réseau de la santé et des services sociaux. La reconnaissance de l’importance d’inclure les personnes dans les initiatives qui les concernent est croissante, et diverses structures se mettent en place pour le permettre (ex. : approche « patient-partenaire » qui tend s’étendre aux interventions dans les champs de la réadaptation; enseignement en partenariat avec des « patient·e·s » dans des programmes de formation en santé et services sociaux; « clientèle » des programmes de services; essor de l’intérêt pour les recherches participatives).
Mais qu’en est-il vraiment ? Ces nouvelles pratiques contribuent-elles réellement à l’amélioration des conditions de vie des personnes comme le préconise la recherche participative à caractère émancipatoire ? Comment freiner l’instrumentalisation des personnes par ces milieux et l’appropriation de leurs savoirs expérientiels et militants ?