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Dossa Hyppolite Dansou : Université Laval
Face aux effets des changements climatiques (CC), les experts de la COP 21 et de la COP 22 recommandent de se tourner vers des solutions locales en privilégiant des approches multi-sectorielles y compris celles des populations locales. Cette recommandation, en replaçant ces populations au cœur des solutions d’adaptation/atténuation, met ainsi l’accent sur leurs savoirs et connaissances traditionnels pour la préservation de l’environnement. Aussi importe-t-il de s'interroger sur ces savoirs, sur leur place dans la société.
Aussi cette communication part-elle du cas d’une commune lacustre du sud Bénin (Sô-Ava) qui, à travers un projet d’adaptation aux CC financé par le Fonds Vert du Québec, a non seulement mobilisé des partenaires nationaux et internationaux aux compétences variées, mais aussi et surtout des savoirs traditionnels en environnement (caractère rituel de certaines plantes, protection des mangroves, etc.) des populations pour atteindre les objectifs du projet. Ceci a favorisé une meilleure participation de toutes les actrices et tous les acteurs inclus.e.s dans le projet avec une efficacité et une efficience dans l’atteinte des résultats.
Le cas de Sô-Ava, en soulignant la collaboration entre divers acteurs au profit des solutions d’adaptations aux CC, met en exergue la nécessaire prise en compte des savoirs et des connaissances traditionnels locaux pour une meilleure appropriation et une plus grande réussite dans les projets nationaux et internationaux.
Ce colloque s’inscrit dans une perspective critique, décoloniale et pluriverselle, et vise à réfléchir aux savoirs, pratiques et expertises des communautés engagées dans les programmes de développement international. Il s’agit également de mettre de l’avant des perspectives plurielles (sociologique, anthropologique, politique, culturelle, géographique, économique, philosophique) pour permettre une meilleure compréhension des enjeux et des défis liés à la prise en compte des savoirs traditionnels dans les projets de développement international.
Pour répondre aux enjeux environnementaux et climatiques actuels, les organismes nationaux, internationaux et non gouvernementaux (ONG) tentent de mettre en place (ou de renforcer) des modes de gestion et de gouvernance environnementale « plus durables », en lien avec les agendas internationaux. Toutefois, les communautés engagées dans ces programmes disposent déjà de savoirs en lien avec leurs territoires, avec les ressources qui s’y trouvent, ainsi qu’avec les façons d’entrer en relation avec ceux-ci. Aussi ce constat ne peut-il manquer d’aboutir à une réflexion critique sur les relations entre, d’une part, les programmes des bailleurs de fonds et de leurs organismes partenaires et, d’autre part, les connaissances et les expertises des communautés sur leurs propres réalités territoriales.
Sur le plan politique, de nombreuses conventions reconnaissent que les communautés autochtones et locales dépendent très étroitement de leur environnement naturel et des ressources matérielles et immatérielles qui en sont issues. Elles reconnaissent aussi que plusieurs territoires sont protégés, conservés et gérés durablement grâce aux savoir-faire que les communautés locales ont su développer. En 1993, la Convention sur la diversité biologique (CDB) a considéré les savoirs traditionnels comme un patrimoine commun de l’humanité et a proposé, avec le protocole de Nagoya qui s’en est suivi, un partage équitable des avantages découlant de la conservation et de l’utilisation durable de la diversité biologique. Dans cette optique, les savoirs traditionnels feraient référence aux « connaissances, pratiques et philosophies développées par des sociétés ayant une longue histoire d’interaction avec leur environnement naturel » (UNESCO, Savoirs locaux, objectifs globaux, 2017, p. 1).
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