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Anne-Marie Petitjean : CY Cergy Paris Université
«Les savoirs de qualité sont indisciplinés», affirme Loty dans un article qui impose en France la notion d’indisciplinarité. Mais indiscipline veut-il dire non-méthode? Pour le champ encore récent en France de la recherche-création littéraire, la reconnaissance de savoirs non disciplinarisés représente un enjeu majeur de son déploiement dans les universités. L’idée que l’enquête littéraire puisse déplier par la praxis créative des savoirs nouveaux, difficiles à atteindre par la documentation d’un objet «littérature» externalisé, confère à la r-c une légitimité qui dépasse la simple acceptation des artistes dans les communautés académiques et bouscule «les paradigmes statiques de production et de mobilisation du savoir». Elle se distingue comme «poursuite d’une voie», au sens premier du mot «méthode»—μέθοδος. Je propose ici un anti-discours de la méthode, pastichant Descartes pour interroger la transformation de la rationalité en r-c littéraire. Et parce que «la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses», il permettra de prendre la mesure du milieu biophiliste et performatif qui s’est constitué en France, en dialogue avec la r-c canadienne, déplaçant l’auto-considération de la pensée agissante à la considération de l’environnement. L’anti-discours explore des formes alternatives à la rationalité distanciée.
Les vingt dernières années ont été le théâtre de nombreuses réflexions sur les modalités de cette « nouvelle » méthodologie, de cette « discipline » fuyante et insaisissable qu’est la recherche-création, et aucun consensus ne se dégage de ces décennies d’intelligence collective sinon que la recherche-création échappe à toute tentative de cristallisation définitive. Il semble alors de moins en moins utile de tenter de la définir et de la concrétiser avec une typologie unanime. Les organismes subventionnaires et les universités en signalent la dualité dans leurs définitions officielles – la recherche-création engendre à la fois production de connaissances (recherche) et innovation artistique (création) –, mais n’imposent ni forme ni extrant.
En parallèle, un corpus important de travaux et d’œuvres artistiques, dans le contexte post-humain et de la crise écologique, cherche à décentrer l’être humain pour considérer le non-humain depuis une posture d’altérité redéfinie. La recherche-création contribue, ne serait-ce qu’en bouleversant les paradigmes statiques de production et de mobilisation du savoir, au développement de ces postures que les études post-décoloniales et situées ont rendu possibles. Pensons à Peter Sloterdijk et à sa distinction entre l’allotechnique et l’homéotechnique (voir Domestication de l’Être, 2000), par exemple, ou encore à Marielle Macé, qui appelle à envisager une « biophilie » au lieu d’une « biologie » (voir Nos cabanes, 2019).
Ce colloque ne cherche pas à enfoncer des portes ouvertes; les interventions qu’il suscite s’attardent à penser les divers chemins de la recherche-création d’une manière attentive aux enjeux sociaux, culturels et politiques qui découlent d’une telle démarche.
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