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Isabelle Marie-Claire Cote : Simon Fraser University
Dans la première session de la formation des enseignants, les étudiants sont invités à une démarche d’apprentissage de et par le territoire à toutes les semaines tout en tenant un journal de réflexion (écriture, dessins, images, photos, sketchs) pour documenter leur apprentissage et intégrer le tout dans un portfolio présenté la fin de la session. Pour les guider, une équipe de professeurs a élaboré un plan basé, entre autres, sur des écrits de chercheurs autochtones qui travaillent la pédagogie ancrée dans le territoire (Kimmerer, 2013 ; Simpson, 2017) et d’autres chercheurs qui s’intéressent aux questions de justice écologique (Orr, 2004) et du développement d’une identité écologique chez les jeunes enfants (Pelo, 2014). Dans cette communication, nous présenterons d’abord les grandes lignes du cadre travail développé par l’équipe de professeurs. Ensuite, trois étudiantes partageront des extraits de leur portfolio qui représentent des moments forts de leur apprentissage de et par le territoire. Puis, nous discuterons des pistes possibles de mise en pratique dans les salles de classe de certaines des pratiques développées tout au long de la session.
On assiste depuis la pandémie à une résurgence de démarches pour faire une « école/classe dehors » aux appellations variables, qui mobilise une pédagogie répondant à un processus d’éducation par la nature. Le bien-être mental et physique que procure le fait d’être dans la nature, en plus de favoriser les apprentissages (Ayotte-Beaudet et al., 2022; Green et Rayner, 2022; Kuo et al., 2019; Mygind et al., 2019), en démontre la pertinence.
En filigrane des questionnements didactiques posés récemment, notamment dans le cadre du Colloque international Les pratiques d’éducation par « la nature » : quels enjeux pour la formation des professionnel·le·s?, qui s’est tenu en France en juillet 2022, se profilent d’impératives questions d’ordre épistémologique portant sur les paradigmes qui induisent de telles pratiques. Ainsi, il s’agit de s’interroger sur les épistémologies qui sous-tendent les éducations dans et par la nature ou, dit autrement, par le territoire. Plus largement, au-delà de toute structure en milieu formel ou non, quel rapport au(x) savoir(s) sous-tend les apprentissages dans et par la nature ou le territoire?
Certains font appel au principe de l’écoformation intégrant le paradigme transdisciplinaire de la complexité (Girault et Galvani, 2021), d’autres se reportent aux épistémologies autochtones (Battiste, 2002; Four Arrows et al. 2010; Hart, 2010; Wilson, 2013). On pourrait également citer l’écosophie de l’écologie profonde d’Arne Naess (2008) introduisant le principe de l’altérité élargi au monde vivant. Le principe de l’énaction proposé par Varela (Aden et Preller, 2020; Varela et al., 2017) ou encore l’écopédagogie de Gutiérrez Bastida et Gadotti (Gutiérrez Bastida, 2022), considérant l’être humain comme « la nature prenant conscience d’elle-même » (Pereira, 2019, partie I.3), sont d’autres axes possibles.
De telles conceptualisations du rapport au(x) savoir(s) qui se construit dans le rapport au monde (Charlot, 2021) permettront alors de clarifier le cadrage d’approches éducatives innovantes dans et par la nature, renforçant notre identité écologique (Vogels, 2007).
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