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Dany Baillargeon : Université de Sherbrooke
Le management de l’innovation s’attarde à mettre en place les conditions, le climat et les processus nécessaires à l’émergence des idées qui seront potentiellement adoptées, pour devenir des innovations à part entière (ex. Rip, 2012). Les idées sont alors débattues à l’aulne de leur originalité et de leur pertinence (Brem et al., 2017), lors d’interactions où sont mis en relation ce qui compte pour apprécier la créativité d’une idée et la faire gagner en solidité (Martine et al., 2019). Reconnaissant la « créativité de la communication », idée chère à Taylor (1993), pour qui une « conversation est un acte de création » (Taylor et Cooren, 2006, p. 123; notre traduction), nous souhaitons approfondir les dynamiques relationnelles participant à la solidité d’une idée et à ses transitions vers l’innovation, et ce, grâce à la notion d’« attachement » (Hennion, 2004, 2013). En identifiant des séquences d'attachements / détachements / rattachements, nous proposons : 1) que la créativité d'une idée repose sur la nouveauté de ses attachements; 2) que les attachements « rétrospectifs » permettent à l'idée d'exister et les attachements « prospectifs » la font progresser; et 3) qu'une innovation est une idée qui « tient » par elle-même grâce à de multiples attachements. Notre proposition permet ainsi de suivre une idée, de saisir les facteurs, objectifs ou triviaux, qui contribuent à son autonomie, et ce, sans égard aux traditionnels critères ou phases d’une « bonne » innovation.
James R. Taylor, le fondateur de l’École de Montréal en communication organisationnelle, une école de pensée mondialement reconnue en sciences de la communication et en études organisationnelles, est décédé le 21 avril dernier à l’âge vénérable de 93 ans. Depuis la publication, en 1988, de son ouvrage intitulé Une organisation n’est qu’un tissu de communications, James Taylor n’avait cessé de mettre de l’avant la nécessité de penser les phénomènes organisés à partir d’une perspective résolument communicationnelle, c’est-à-dire d’une perspective centrée sur la manière dont les êtres humains coopèrent pour faire être et fonctionner des ensembles organisés. Alors que la communication était, jusque dans les années 1980, essentiellement pensée comme une diffusion d’informations (comment mieux communiquer les décisions et positions de l’entreprise à l’ensemble du personnel, au grand public, aux actionnaires, etc.), Taylor a proposé ni plus ni moins un changement de paradigme en montrant que la communication était, en fait, constitutive de tout phénomène organisé. Ce programme de recherche, qui fut rétrospectivement baptisé approche CCO (pour constitution communicationnelle de l’organisation), a depuis inspiré des personnes représentant les cinq continents. Toutes et tous tentent ainsi de montrer que la communication n’est pas simplement quelque chose qui se passe dans les organisations, mais que l’organisation elle-même est à trouver, en quelque sorte, dans la communication. Ce colloque propose ainsi de réunir les représentantes et représentants francophones de ce mouvement de pensée afin non seulement de rendre hommage à ce chercheur hors normes qu’était James R. Taylor, mais aussi d’explorer les développements futurs de cette perspective. En particulier, nous inviterons l’ensemble des participants à réhabiliter les phénomènes de diffusion, de propagation et de transmission qui ont peut-être été trop négligés par le mouvement CCO, pour des raisons finalement assez idéologiques. Au-delà des enjeux théoriques et analytiques qui seront explorés au cours de ce colloque, ce dernier a également l’ambition de creuser plus avant les conséquences pratiques du tournant paradigmatique opéré par James R. Taylor. Comme on le sait, quand le milieu des praticiens pense la communication, c’est généralement en termes de transmission d’informations, ce qui est, somme toute, normal et attendu. On ne compte plus, en effet, les « problèmes de communication » qui hantent toute organisation, que l’on parle d’entreprises, d’ONG ou d’administrations gouvernementales. En rejetant le paradigme de la transmission, qui prévalait dans les sciences organisationnelles jusque dans les années 1980, le mouvement CCO a certes pu innover en montrant tout ce qu’une perspective communicationnelle pouvait apporter à notre compréhension des phénomènes organisés, mais il a peut-être négligé la nécessité d’un dialogue avec le monde de la pratique, toujours très axé sur le paradigme diffusionnel.
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