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Nina Barbosa : Université d'Ottawa
De l'été 2021 à l'hiver 2022, j'ai rejoint et suivi la première coupe légale de cannabis canadienne pour ma recherche de terrain de maîtrise. L'approche méthodologique se fait en tant qu'apprentie auprès d'un cultivateur de cannabis expérimenté que j'ai rencontré en ligne et qui a accepté de me guider à travers ma participation à la coupe de cannabis. Je veux ainsi discuter de cette première expérience à faire du terrain à Ottawa-ouest, en Ontario, Canada. L'impossibilité de sentir (ou de pouvoir être affectée par) les arômes d'un bourgeon de cannabis dans un dispensaire a fourni l'impulsion initiale pour cette recherche. C'est ensuite en me laissant prendre (affecter) dans le moment et en apprenant à partir de l'expérience que cela a ouvert une approche pour ma recherche. <<Ëtre prise>> (affectée) pour Favret-Saada, est de connecter directement à l'expérience humaine d'être engagée dans le terrain lorsqu'on y est invité, mais c'est aussi affecter à son tour. Je veux discuter en quoi les approches sensorielles ont guidé ma recherche, ainsi que fait ressortir comment il est possible de se faire prendre par les textures, arômes et goûts d'une plante, mais aussi par une obsession de calcul de pourcentage d'une molécule active extraite de son contexte. Il s'agira de discuter en quoi l'une et l'autre forme d'ensorcellement amènent différentes sortes d'écritures.
Ces dernières années, les études sur les plantes ont été profondément renouvelées. On s’est en effet rendu compte à quel point le végétal est resté largement impensé (Coccia 2016). Bien qu'ils soient omniprésents, les végétaux sont en fait difficiles à appréhender. Leur puissance affective notamment, laquelle agit sur, dans et à travers nous, est largement ignorée. Inspirée par la philosophie, l’anthropologie propose depuis quelques dizaines d’années de nouvelles façons de composer avec le végétal. Le colloque vise à explorer un éventail de thématiques contemporaines situées au nexus humain-plante, avec un intérêt particulier pour les recherches qui dépassent la plante ou l’humain comme entités discrètes pour s’intéresser à ce qui se créée dans la rencontre. Les approches ou méthodes qui prennent corps depuis le végétal, comme apprendre à écouter les plantes, à devenir attentif à leurs vitalités (Chudakova 2017 ; Nathen 2018), étirant nos habiletés perceptives (Gibson 2018), nous incitant à « devenir- senseur » (Myers 2016), voire devenir-plante (Laplante et Brunois-Pasina 2020), sont d’intérêt particulier, sans être exclusives. Il peut s’agir d’écritures vivantes ou performatives, voire aussi appelées poétiques ou phénoménologiques permettant de rester proche des contextes et pratiques ou évitant des formes d’écritures objectivantes, voir celles que Taussig (2018) qualifie d’écritures « agribusiness ». Nous proposons de plonger dans les plis de la vie des végétaux, au sens de Michaux (1990) ou de l’approche rhizomique de Deleuze et Guattari (1980), voire d’explorer la diversité de ce que Hustak et Myers (2012, 2020) appellent des récits involutifs, laissant place aux affects, aux textures, aux sensations, aux arômes, aux vitesses et aux lenteurs végétales.
Plusieurs recherches dans ce domaine en anthropologie se sont portées sur les usages que les humains font des plantes ou ce que les plantes font aux humains, il demeure que les potentiels affectifs imprévisibles et toujours en suspens, sont moins abordés (Laplante et Brunois- Pasina 2020). Il s’agit donc d’explorer de nouvelles méthodologies plus attentives aux sens et aux affects, et de questionner autant la recherche elle-même que la façon dont l’on en rend compte. D’une manière plus pointue, il s’agit de se demander comment ces nouvelles façons d’aborder le végétal et d’en rendre compte ont un potentiel transformateur, contribuant à une recomposition des mondes (Latour 2006). En effet des recherches et des formes d’écriture qui décomposent le monde peuvent participer à la prise en compte du problème de la plantation, mais il faut des formes d’écritures plus dynamiques ou performative afin de favoriser la prolifération de la vie végétale, voir son compostage. Le caractère innovant de la recherche repose donc sur ces prémisses qu’il reste à explorer aussi aux niveaux littéraires, audiovisuel et artistique.
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