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Complexifier les analyses des représentations vidéoludiques par une étude de réception : Le cas de Lara Croft

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Elodie Simard : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Les représentations stéréotypées et hypersexualisées des personnages féminins sont souvent désignées comme un des facteurs qui dissuadent les femmes de s’intéresser au média puisque cela donne l’impression que les jeux vidéo s’adressent spécifiquement aux hommes hétérosexuels (Lynch et al., 2016). Par ailleurs, un contact répété avec les stéréotypes de genre peut renforcer leur incidence sur l’estime personnelle des joueur·se·s, leur image corporelle, leur perception de la féminité et de la masculinité, leur réflexivité par rapport aux stéréotypes de genre, etc (Trépanier-Jobin, 2012). Cependant, l’analyse textuelle ne suffit pas pour comprendre l’impact possible des représentations vidéoludiques puisque les jeux vidéo ne peuvent être pensés indépendamment de leur rapport aux joueur·se·s et de leur expérience ludique. En effet, le jeu est une « activité vécue » qui existe uniquement dans l’expérience du joueur ou de la joueuse (Bonenfant, 2015). Le jeu est donc toujours actualisé par les joueur·se·s, leurs interprétations et leurs usages. À partir d’une étude de réception sur les fans de Tomb Raider, cette communication visera à nuancer les analyses des représentations vidéoludiques. En effet, il apparaît que les fans interrogé·e·s n’objectivent pas Lara Croft, mais accordent davantage d’importance à sa personnalité, ce qui semble avoir une incidence sur la manière dont il·elle·s l’incarnent ainsi que sur la relation d’identification qu’il·elle·s établissent avec l’héroïne.

Résumé du colloque

Depuis les années 1990, les études de fans ont participé à déconstruire les préjugés tenaces à l’endroit des fans, souvent perçus comme peu réflexifs et obsédés par leur objet culturel favori. Ces recherches ont démontré la réception active et même performative des fans, en documentant leurs pratiques culturelles, allant de la création de contenu (fan fiction, fanart) à la médiation culturelle (fan subbing). Les communautés de fans, nommées fandoms, offrent des espaces de négociation aux idéologies représentées dans les productions culturelles. D’ailleurs, plusieurs recherches démontrent que les pratiques de réception des fans leur permettent de critiquer les productions médiatiques (Jenkins, 1992).

Bien que les études de fans se soient constituées en champ de recherche fécond (Bacon-Smith, 1992; Jenkins, 1992), elles restent sujettes à certaines critiques qui entravent leur quête de légitimité (Evans et Stasi, 2014). La position des chercheur·se·s en études de fans est sujette à contestation (Hannell, 2020) et le champ entretient des rapports ambivalents quant à la méthodologie. La définition de la notion même de fans est critiquée (Sandvoss et al., 2017), alors que des recherches plus diversifiées permettraient de prendre en compte d’autres expériences (anti-fans, non-fans, etc.) et profils de fans (queers, personnes racisées, etc.). Néanmoins, les travaux sur les fans forment une contribution manifeste et même innovante à l’aspect entremêlé des pratiques de réception en ligne et hors ligne (Evans et Stasi, 2014), à l’appropriation et au détournement de la culture populaire (Bourdaa, 2021), ainsi que aux contextes de créations et productions de contenus numériques (Hills, 2015).

Depuis 30 ans, les Fan Studies forment un champ de recherche dynamique, surtout dans les milieux anglophones. Du côté de la recherche francophone, les études de fans, après avoir accusé un certain retard, semblent entrer dans une phase importante de structuration. Par exemple, l’Association française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) a récemment labellisé Groupe d’étude et de recherche « Fans » (GER Fans), coordonné par Mélanie Bourdaa.

Ce colloque, présenté dans le cadre du congrès de l’Acfas 2023 (colloque no 403), représente ainsi une occasion de réunir des chercheur·se·s francophones provenant de chaque côté de l’Atlantique. L’événement, en personne et en ligne, offrira ainsi une occasion fertile de contribuer à la structuration du champ d’études en français et de saisir le momentum entourant l’intérêt renouvelé autour des fans et leurs pratiques, autant chez les chercheur·se·s que chez les étudiant·e·s.

Les trois axes suivants seront mis de l’avant : 1) les enjeux méthodologiques; 2) la diversité des identités de fans; et 3) la dimension politique des pratiques de fans.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

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