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Alain Kerlan : Université Lumière-Lyon-II
L’entrée des artistes dans le champ éducatif, et plus largement dans le champ social, est un fait indissociablement éducatif et artistique. Il est trop souvent lu comme un fait relevant de l’histoire de l’éducation, des politiques éducatives. Il appartient pourtant tout autant à l’histoire de l’art. Une histoire de l’art contemporain qui ne prendrait pas en compte cet art d’intervention serait une histoire tronquée. Cette communication se propose de comprendre ce qui se joue dans ce croisement : d’un côté des artistes qui font le choix en tant qu’artiste de développer leur démarche dans le champ de l’éducation – sans se prétendre « éducateurs » –, de l’autre des enseignants, des éducateurs et éducatrices qui font appel à l’artiste et s’engage à ses côtés en tant qu’éducateurs et éducatrices. Chacun reste lui-même. Sur quoi repose leur « complicité » ? La thèse défendue avance que si l’art et les artistes d’aujourd’hui sont impliqués et sollicités dans le champ éducatif, c’est parce qu’il y a dans l’art d’aujourd’hui et la démarche artistique d’aujourd’hui, celle d’un art pleinement installé dans ce que Jacques Rancière appelle « le régime esthétique des arts » quelque chose qui touche aux questions et aux problèmes éducatifs aujourd’hui majeurs : la question du sujet et de la subjectivation, la question de la norme et de la normativité, la question de la créativité. L’artiste et l’éducateur ont en commun ces trois préoccupations, elles scellent leur « complicité » avec pour horizon la visée commune de l’émancipation, et la conviction commune que le terrain de l’esthétique, le « partage du sensible », est l’un des lieux où les « promesses de l’émancipation sont en jeu », comme l’écrit Jacques Rancière. Cette thèse sera étayée théoriquement mais aussi illustrée par des exemples de « complicité ».
Ce colloque porte un regard sur l’art comme vecteur de transformation sociale. Alors que l’art revendique un rôle d’acteur public pleinement impliqué dans les débats sociaux (Ardenne, 2019; Cauquelin, 2018; Heinich, 2014; Fourmentraux 2012; Lamoureux et Uhl, 2018; Zask, 2014), il devient un moyen de connaissance et d’action abordant diverses questions socialement vives (Ardenne, 2009; Lamoureux, 2005; Ramade, 2015; Trudel et Fortin, 2022) qui suscitent des controverses, attisent des émotions, mettent en concurrence des représentations et des intérêts divergents, interrogent les systèmes de valeurs (Audigier, 2007; Legardez et Simonneaux, 2006). Les éditions précédentes de ce colloque avaient précisé de quelle manière ce nouveau paradigme artistique fournit un terreau fertile pour l’éducation (Kerlan et Langar, 2015; O’Farrell et Kukkonen, 2017), favorisant l’enrichissement d’une panoplie d’« éducations » à la citoyenneté, à l’antiracisme, à l’inclusion, à la démocratie, à l’environnement, etc.
Alors que les universités québécoises s’engagent dans une refonte majeure des programmes de formation à l’enseignement au regard d’un nouveau référentiel de compétences professionnelles (Québec, 2020), l’édition de 2023 de ce colloque a pour but de considérer des recherches émergentes pouvant inspirer la mise en œuvre, dans l’éducation scolaire, d’axes de formation transversaux ancrés dans les réalités sociales contemporaines, plus spécifiquement, comment les arts et la littérature peuvent-ils favoriser la prise de conscience, l’acquisition de connaissances, l’adoption de valeurs et de comportements susceptibles de répondre aux enjeux sociétaux complexes du XXIe siècle.
Considérant le contexte actuel de renouveau des programmes de formation universitaire, nous nous intéresserons aux recherches pouvant avoir des retombées significatives sur la formation initiale des enseignantes et enseignants des domaines des arts et des langues du Programme de formation de l’école québécoise.