pen icon Colloque
quote

Décrocheurs ? ou décrochés ? Après la crise, repenser le désengagement scolaire

PM

Membre a labase

Patricia Mothes : ICT

Résumé de la communication

La lutte contre le décrochage scolaire, cet «enjeu majeur humain, social et économique » (Stratégie Europe 2020) est une des priorités de l’Éducation Nationale en France, et les structures de raccrochage ne manquent pas. Pourtant, certains travaux conduits durant la crise sanitaire et les confinements qui ont suivis (Gevrey, 2021 ; Cadiou , Mothes, 2020) tendent à questionner ce désengagement dont l’indicateur « sorties précoces » (Ministère de l’Éducation nationale, gouvernement.fr/indicateur-decrochage-scolaire) montre d’ailleurs qu’il est en constante baisse depuis 2005.

Le différentiel entre le discours institutionnel alarmiste et les données statistiques interroge : ces élèves qui quittent l’école avant la diplomation sont-ils des décrocheurs victimes d’un ensemble de tensions multi factorielles (Bautier, 2003 ; Bernard, 2011 ; Blaya, 2010) ? Ou des décrochés, symptômes de difficultés institutionnelles à prendre en charge certains profils d’élèves ? Et que dire alors de la place et du rôle joué par les structures dites « de lutte contre le décrochage » ?

Cette communication, fondée sur la parole de jeunes dits « décrocheurs » interrogés entre 2020 et 2022, propose de considérer la crise sanitaire comme le révélateur de la nécessité d’un changement de paradigme dans le regard porté sur le décrochage scolaire et fait l’hypothèse de la nécessité d’une relecture critique de la forme scolaire comme analyseur du désengagement scolaire.

Résumé du colloque

Partout ou presque dans les recherches et les pratiques en éducation, l’idée de crise s’impose, plus encore depuis la pandémie de Covid-19. Cela comme si la spécificité de cette période pouvait occulter la lancinance et l’universalité d’autres crises. Des inégalités scolaires et sociales s'étaient creusées et aggravées avant celle-ci, mais elle a particulièrement obligé à un autre « grand bricolage » (De Saint-Martin & Gheorghiu, 2010); jusqu’à instituer la discontinuité pédagogique comme un nouveau paradigme. Il nous apparaît pourtant souhaitable et salutaire de dé-covidiser nos recherches et pratiques en éducation. Cela tant la crise pandémique subsumerait une crise (plus profonde) en éducation et dans la société, tant des pratiques éducatives s’enrégimenteraient dans ce paradigme, tant nombre de personnels et professionnel.le.s de l’intervention et de la recherche ne jureraient que par cette discontinuité, plutôt que de chercher à se déprendre à et à rompre avec cette nouvelle théorie de la rupture (dans un sillage foucaldien). Cela soulève plusieurs questions et des enjeux de recherche. Dans ce contexte de questionnement théorique et pratique, nous proposons d’étudier les effets dans les écoles et leur structure d'une certaine covidisation des recherches et des pratiques en éducation, en opérant un travail critique de déconstruction de représentations et catégories produites dans et par les sociétés et les écoles de la performance. Au-delà de l'influence de représentations stéréotypiques qui génèrent un discours polarisé sur la réussite et l'échec scolaires, nous souhaitons montrer la diversité des contrastes et des effets pédagogiques, scolaires et psychiques, sociaux et politiques, ainsi que les impacts négatifs et positifs de la pandémie dans les milieux de pratique et de recherche en éducation, sans oublier les milieux associés. Il nous semble que tant le développement d’ingénieries coopératives et de co-enseignements en éducation, que le partage redistribuant le leadership dans les écoles et la réélaboration de politiques scolaires incluant les élèves-acteurs du système scolaire, sont des pratiques souhaitables, dans un contexte de résilience numérique augmentée par la période que nous traversons et selon une perspective d'éducation inclusive et de réponse responsable à cette hausse.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 11 mai 2023

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :