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Raphaël Jacques : UQAM - Université du Québec à Montréal
À partir d’un appareillage théorique à la croisée des études queers, des études trans et des études de la disfluidité, la présente communication entreprendra d’analyser les politiques genrées et sexuelles appuyant la représentation des locutrices bègues queers et trans dans la culture populaire euro-nordaméricaine. Dans un premier temps, les mémoires de l’intellectuelle euro-étatsunienne et figure de proue de l’autobiographie trans Deirdre McCloskey, Crossing (1999), seront analysées afin d’illustrer comment le bégaiement et la transféminité sont posés en des termes antinomiques par lesquels est érigé l’idéal d’une transition fluide, où l’affirmation du genre féminin et l’obtention d’une voix non bègue sont jugées inséparables. Dans un second temps, la série de fantasy urbaine Buffy contre les vampires (1997- 2003) permettra d’étayer la mobilisation narrative du bégaiement en tant que représentation métaphorique de l’oppression hétérosexiste du sujet lesbien, l’épanouissement de la queeritude s’accompagnant de la fluidification de la voix bègue. Ces deux cas de figures jetteront un éclairage sur l’établissement représentationnel d’une mutualité exclusive entre bégaiement, transféminité et lesbianisme, une négation des subjectivités bègues, trans et queers dont les effets sur les vies bien réelles à la croisée de ces expériences seront explorés en guise de conclusion par le biais d’une approche autoethnographique queercrip.
Depuis les dernières décennies, des travaux mettent de l’avant une perspective critique des études du handicap. Ce champ interdisciplinaire donne également lieu à des critiques « de l’intérieur ». Des autrices et des auteurs, travaillant dans de nouveaux courants connexes, sont par ailleurs soucieux de développer leurs travaux « en dehors » des Critical Disability Studies. Des approches culturelles ou celle de l’affirmation identitaire comme acte politique émergent (ex. : études critiques de l’autisme, études [critiques] de la surdité, études de la folie). Avec l’essor de la société civile, les études critiques du handicap, de l’autisme, de la surdité et de la folie offrent des angles d’approche inédits non seulement pour appréhender la citoyenneté, la reconnaissance et les inégalités sociales, mais aussi pour questionner l’ancrage capacitiste des normes et des attentes sociales.
Parallèlement, au cours des dernières années, les savoirs expérientiels se sont imposés comme une nouvelle donne contemporaine, qu’il s’agisse d’intégration au développement de programmes de formation en intervention ou d’offre de services dans le réseau de la santé et des services sociaux. La reconnaissance de l’importance d’inclure les personnes dans les initiatives qui les concernent est croissante, et diverses structures se mettent en place pour le permettre (ex. : approche « patient-partenaire » qui tend s’étendre aux interventions dans les champs de la réadaptation; enseignement en partenariat avec des « patient·e·s » dans des programmes de formation en santé et services sociaux; « clientèle » des programmes de services; essor de l’intérêt pour les recherches participatives).
Mais qu’en est-il vraiment ? Ces nouvelles pratiques contribuent-elles réellement à l’amélioration des conditions de vie des personnes comme le préconise la recherche participative à caractère émancipatoire ? Comment freiner l’instrumentalisation des personnes par ces milieux et l’appropriation de leurs savoirs expérientiels et militants ?
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