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Béa Arruabarrena : Conservatoire national des arts et métiers
Les applications mobiles de Quantifed self (« mesure de soi » ou de « self-tracking ») ont peu à peu convergé avec le monde médical pour former la mHealth et permettent de capter à partir d’objets connectés et d'applications mobiles des données d'activités quotidiennes (marche, alimentation, sommeil, tension, fréquence cardiaque, etc.). Ces pratiques ont pour principal intérêt de permettre l'identification de patterns, restitués sous forme de datavisualisations, à partir desquels les usagers peuvent rétroactivement se motiver, surveiller (Pharabod, 2013) ou encore autoréguler certains de leurs paramètres de santé, afin d’opérer des changements de comportements (Arruabarrena, 2016, 2022b). Si l’emphase est souvent mise sur la primauté des enjeux sociotechniques des applications mobiles, il convient de replacer la question de la technique au cœur d’une réflexion interdisciplinaire qui permette d’intégrer les questionnements socio-anthropologiques dans la compréhension des usages, du design et de l’évaluation des applications mobiles en santé. Partant d’une analyse des pratiques QS en santé (et plus largement de la mHealth) effectuée depuis 2016 au sein de différents projets de recherche, cette communication se focalisera sur les apports des applications mobiles en santé, tout en rappelant les points de vigilance des enjeux à considérer qu’ils soient anthropologiques, éthiques ou épistémologiques.
Dans le contexte actuel de transformation numérique de notre société, où les usages quotidiens des applications mobiles (tant par les individus que par les entreprises ou les États ou gouvernements) ont dépassé les prévisions les plus optimistes, il importe d’interroger les nouveaux enjeux et questionnements politiques, économiques, technologiques, éthiques, juridiques et culturels que soulève le recours massif à ces applications mobiles, tout en évaluant et en anticipant leurs incidences actuelles et à venir sur la société, notamment en ce qui concerne les occasions et les risques.
En effet, au-delà des incantations magiques liées à la société du « tout numérique », les applications et services mobiles offrent d’innombrables occasions pour les entreprises et des bénéfices concrets en ce qui touche l’amélioration des conditions de vie pour les citoyens et utilisateurs dans des domaines tels que la santé et le bien-être; l’agriculture; l’environnement; l’intelligence urbaine; les services financiers et bancaires; l’éducation; ou encore l’accès à la culture. Par ailleurs, l’usage de ces applications présente des risques élevés, voire des menaces, pouvant avoir des effets non négligeables en matière d’empreinte carbone et d’impact environnemental, de surveillance massive, de sécurité et de vol de données, d’intrusivité et de violation de la vie privée, de nouvelles inégalités ou fractures numériques, etc.
Au regard de tous ces enjeux, les conférences et communications qui seront présentées dans le cadre du colloque tenteront d’apporter des éléments de réponses aux questions suivantes : 1) En quoi, les applications mobiles servicielles reflètent-elles ou ont-elles une incidence (positivement ou négativement, et durablement) sur nos modes de vie ainsi que l’évolution de nos sociétés ? 2) Dans quelle mesure peuvent-elles constituer un appui à un changement comportemental dans nos rapports (individuel et collectif) à la technologie et dans notre manière de concevoir le progrès technologique et ses incidences potentielles sur notre société et sur le développement, dans une perspective durable ? 3) Enfin, qu’en est-il du rôle des pouvoirs publics face aux défis de régulation que posent ces dispositifs (sociotechniques) mobiles (qui ne sont pas neutres) et leurs développeurs ou fabricants par rapport à l’intérêt public, à l’épanouissement des personnes qui les utilisent et à un développement numérique généralisé de la société qui soit plus inclusif, durable et équitable pour tous ?
Toutes ces questions seront abordées de manière transversale au fil des six axes thématiques du colloque, qui sont les suivants : 1) Applications mobiles, société et consommation; 2) Applications mobiles, santé et bien-être; 3) Applications mobiles, cultures et découvrabilité des contenus locaux; 4) Applications mobiles, 5G et IA; 5) Applications mobiles au service du développement; et 6) Applications mobiles, vie privée, régulation et gouvernance publique.
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