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Simon Mallette : Université de Montréal
Les approches CCO offrent une lentille conceptuelle intéressante pour comprendre la façon dont les collectifs sociaux jouent un rôle dans la création et l'évolution des organisations dont ils font partie. Cependant, quiconque est amené à enseigner les approches CCO dans un contexte académique ou professionnel peut se trouver face à un défi important : comment démontrer concrètement que ces approches sont utiles dans le quotidien d'une organisation ou celui d'un.e professionnel.le des communications? En continuation avec l'article de 2017 de Boivin, Brummans et Barker sur l'institutionnalisation des approches CCO dans le champ d'étude sur la communication organisationnelle, cette présentation explorera comment des professeur.e.s, chargé.e.s de cours ou encore des consultant.e.s en communication ayant été formé.e.s par l'École de Montréal peuvent enseigner ces notions afin de mieux préparer les étudiant.e.s au marché professionnel ou encore former les membres d'une organisation à améliorer leurs pratiques communicationnelles. Pour ce faire, je mobiliserai mon expérience en tant que chargé de cours ainsi que consultant en communication, qui m'a notamment amené à utiliser des concepts et approches CCO pour former des employé.e.s de Service Canada sur le rôle de la communication interne. Cette présentation a pour objectif de contribuer à une réflexion collective sur les enjeux pratiques et les avenues à explorer pour contribuer au rayonnement des approches CCO.
James R. Taylor, le fondateur de l’École de Montréal en communication organisationnelle, une école de pensée mondialement reconnue en sciences de la communication et en études organisationnelles, est décédé le 21 avril dernier à l’âge vénérable de 93 ans. Depuis la publication, en 1988, de son ouvrage intitulé Une organisation n’est qu’un tissu de communications, James Taylor n’avait cessé de mettre de l’avant la nécessité de penser les phénomènes organisés à partir d’une perspective résolument communicationnelle, c’est-à-dire d’une perspective centrée sur la manière dont les êtres humains coopèrent pour faire être et fonctionner des ensembles organisés. Alors que la communication était, jusque dans les années 1980, essentiellement pensée comme une diffusion d’informations (comment mieux communiquer les décisions et positions de l’entreprise à l’ensemble du personnel, au grand public, aux actionnaires, etc.), Taylor a proposé ni plus ni moins un changement de paradigme en montrant que la communication était, en fait, constitutive de tout phénomène organisé. Ce programme de recherche, qui fut rétrospectivement baptisé approche CCO (pour constitution communicationnelle de l’organisation), a depuis inspiré des personnes représentant les cinq continents. Toutes et tous tentent ainsi de montrer que la communication n’est pas simplement quelque chose qui se passe dans les organisations, mais que l’organisation elle-même est à trouver, en quelque sorte, dans la communication. Ce colloque propose ainsi de réunir les représentantes et représentants francophones de ce mouvement de pensée afin non seulement de rendre hommage à ce chercheur hors normes qu’était James R. Taylor, mais aussi d’explorer les développements futurs de cette perspective. En particulier, nous inviterons l’ensemble des participants à réhabiliter les phénomènes de diffusion, de propagation et de transmission qui ont peut-être été trop négligés par le mouvement CCO, pour des raisons finalement assez idéologiques. Au-delà des enjeux théoriques et analytiques qui seront explorés au cours de ce colloque, ce dernier a également l’ambition de creuser plus avant les conséquences pratiques du tournant paradigmatique opéré par James R. Taylor. Comme on le sait, quand le milieu des praticiens pense la communication, c’est généralement en termes de transmission d’informations, ce qui est, somme toute, normal et attendu. On ne compte plus, en effet, les « problèmes de communication » qui hantent toute organisation, que l’on parle d’entreprises, d’ONG ou d’administrations gouvernementales. En rejetant le paradigme de la transmission, qui prévalait dans les sciences organisationnelles jusque dans les années 1980, le mouvement CCO a certes pu innover en montrant tout ce qu’une perspective communicationnelle pouvait apporter à notre compréhension des phénomènes organisés, mais il a peut-être négligé la nécessité d’un dialogue avec le monde de la pratique, toujours très axé sur le paradigme diffusionnel.